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LA COLONISATION SPATIALE VUE PAR LA SF

La colonisation de l'espace est un thème majeur de science-fiction.

XIXe siècle

capture06-41.jpgIllustration de La Lune de brique by Edward Everett Hale publiée en 1869.

La première représentation d'une station orbitale en fiction a été faite en 1869 par Edward Everett Hale dans sa nouvelle La lune de brique. La station décrite est une sphère de 60 mètres de diamètre en briques, lancée par accident avec des personnes à son bord. Jules Verne, en 1874, dans Hector Servadac imagine la colonisation involontaire d'une comète par un groupe d'exilés internationaux, ce qui leur permet de parcourir le système solaire. La colonisation peut être à l'inverse racontée du point de vue des terriens en tant que colonisés. En 1898, H. G. Wells dans La Guerre des mondes raconte l'invasion et la tentative de colonisation de la Terre par des martiens qui vont jusqu'à modifier l'écosystème terrestre.

XXe siècle

Les pulps des années 1920 et 1930 et l'âge d'or de la science fiction évoquent la colonisation à différentes périodes de l'histoire future de l'humanité. En 1948, neuf ans avant le lancement de Spoutnik, René Barjavel écrit dans Le diable l'emporte c'est un conflit pour la possession de la Lune qui produit l'apocalypse sur Terre et l’envoi de survivants humains dans l'espace. Dans la série des Fondations d'Isaac Asimov, dont l'écriture a été commencée dans les années 1940, la galaxie où aucune civilisation extra-terrestre n'a été découverte est pratiquement entièrement colonisée par l'humanité dans un lointain futur. Cet énorme nombre de colonies rend le maintien d'un empire centralisé difficile, malgré l'utilisation de l'hyperespace pour les voyages interstellaires et la Terre des origines n'est plus qu'une lointaine légende. En 1950, Ray Bradbury dans Chroniques martiennes raconte la colonisation de Mars par la Terre et les Martiens, victimes des maladies humaines, finissent par disparaitre.

Dans la saga de Dune de Frank Herbert, dont le premier tome a été écrit en 1965, l'épice qui permet aux navigateurs de faire voyager les vaisseaux entre les étoiles est devenue une matière encore plus importante que le pétrole au XXIe siècle. La galaxie a dans cette œuvre aussi été largement colonisée par l'humanité dont le système politique est retombé à un niveau médiéval. L'univers culte de Star Trek (1966-présent), objet de multiples séries télévisées, romans et films, décrit une fédération des planètes unies dont font partie l'humanité et des races extra-terrestres, qui comptent en l'an 2373 plus de 150 membres répartis sur 8 000 années-lumières. Dans un futur imaginaire beaucoup plus proche de nous et dorénavant uchronique, Arthur C. Clarke dans 2001 : l'odyssée de l'espace et sa version filmée (1968) prévoit l'existence d'une station orbitale gigantesque et d'une base lunaire pour 1999. Dans le troisième volet de la série, il décrit la colonisation des lunes de Jupiter avant 2061. Avec le Cycle de Tschaï (1968-1970), Jack Vance inverse l'idée de colonisation. La Terre aurait été colonisée et l'espèce humaine créée par des extra-terrestres, les explorateurs humains reviendraient sur la planète Tschaï dans leur monde d'origine.

Dans la La Guerre éternelle de Joe Haldeman (1974), l'entraînement des troupes d'élite humaine en 1997 se fait sur Charon. Bien plus tard, certaines colonies du XXXIIe siècle sont réservées aux humains hétérosexuels alors que l'espèce humaine s'est tournée majoritairement vers le clonage et l'homosexualité. L'épopée de Star Wars, dont le premier film est lancé en 1977, montre une espèce humaine ayant colonisée « il y a très longtemps une galaxie très lointaine » au côté de nombreuses races extra-terrestres. Aucune terraformation n'est évoquée, la plupart des planètes colonisées ont une atmosphère respirable et un environnement pas plus hostile que les déserts froids ou chauds les plus inhospitaliers de la Terre qui n'est jamais mentionnée. Dans le film Alien - Le huitième passager de 1979, Ridley Scott montre un commerce de minerais existant entre la Terre et ses colonies en 2126. Aliens le retour (1986) de James Cameron évoque l'établissement de colonies terraformées avant 2179 alors que l'humanité a construit autour de la Terre de gigantesques stations orbitales et docks spatiaux.

capture07-38.jpgUne Bulle de Dyson, variation sur le concept de sphère de Dyson comme évoqué dans Hypérion de Dan Simmons.

Outland… loin de la Terre (1981) raconte l'enquête d'un policier sur des ventes de drogue dissimulées par l'administration d'une colonie minière située sur Io. La trilogie d'Helliconia (1982-1985) écrite par Brian Aldiss décrit un monde habitable dont les saisons durent des siècles, colonisé par des humains adaptés à tout un écosystème et en compétition avec une espèce indigène. À cause d'un virus, la population vit isolée de la Terre qui se contente d'observer les changements de civilisation à l'aide d'une station orbitale. Dans Hypérion (1989) et ses suites, Dan Simmons montre une humanité du XXVIIIe siècle divisée en deux factions colonisatrices en guerre. D'un côté les extros qui sont des humains transhumanistes adaptés à l'impesanteur qui ont colonisé l'espace profond avec des flottes de vaisseaux, stations orbitales, astéroïdes et essaims en sphère de Dyson autour d'étoiles. De l'autre les humains de l'Hégémonie qui ont colonisé des planètes souvent au mépris de leur écologie locale et ont gardé une morphologie classique, mais qui dépendent des intelligences artificielles qui leur donnent accès à la téléportation. Le premier jeu vidéo de gestion à évoquer une colonisation intergalactique est Elite en 1984, vendu à l'époque avec une carte d'un monde spatial organisé. Le jeu vidéo de gestion Millennium 2.2 sorti en 1989 est l'un des premiers à proposer une simulation réaliste de la colonisation du système solaire après qu'un cataclysme a rendu la Terre inhabitable dans les années 2200.

En 1990 dans Total Recall de Paul Verhoeven, adaptation cinématographique de la nouvelle We can Remember it for You Wholesale de Philip K. Dick, Mars est colonisé en 2084 mais de manière quasi-dictatoriale, des mutants sont apparus à cause d'économies illégales réalisées sur les protections anti-radiation et la population doit payer l'air, tout comme l'eau ou l'électricité. Un des moyens de gagner au jeu vidéo de stratégie de 1991 Civilization de Sid Meier était d'être le premier à établir une colonie autour d'Alpha Centauri. Le détail de cette colonisation a lieu dans le jeu de 2001 Sid Meier's Alpha Centauri. Dans les romans de la Trilogie de Mars (1992), Kim Stanley Robinson imagine le début de la colonisation de Mars en 2026 et sa terraformation sur une durée de plus de 200 ans. Il évoque également la colonisation d'autres planètes et lunes du système solaire et la description de villes sur Callisto, Mercure, Triton et Vénus, ainsi que l'utilisation d'astéroïdes transformés en habitats spatiaux comme vaisseaux à génération. La série de jeux vidéo Master of Orion commencée en 1993 propose la colonisation et la conquête de toute la galaxie.

XXIe siècle

capture08-36.jpgVue d'artiste d'une Orbitale de La Culture, telle que décrite dans l'univers de fiction créé par l'auteur Iain Banks et qui a inspiré série de jeux vidéo Halo.

La série de jeux vidéo Halo (2001-présent), une installation spatiale gigantesque en forme d'anneau qui fait huit fois la superficie de la Terre se nommant l'Arche, sert à abriter les habitants de la Voie Lactée en cas de risque de propagation du parasite, une espèce belliqueuse détruisant toute forme de vie dans la galaxie. Dans le jeu vidéo Spore (2008), le joueur dirige toute l'histoire de l'évolution d'une espèce depuis le premier organisme unicellulaire jusqu'à son établissement en tant que civilisation interstellaire. En 2009 apparaît un film regroupant la thématique de l'exploitation des ressources rares et de la colonisation d'un  satellite  habité : Avatar, par James Cameron.

Les approches d'universitaires

Plusieurs études académiques se sont intéressées à ce problème. Howard E. McCurdy a publié Space and the American Imagination en 1999, qui expliquait entre autres l'impact de la série Star Trek et de nombreux récits de science-fiction sur le lancement de la mission Apollo. Cette étude prolongeait les approches de Lucian Boia dans L'Exploration imaginaire de l'espace. Le rapport ITSF de l'Agence spatiale européenne a aussi développé une étude prospective cartographiant les technologies spatiales dans la science-fiction dans le but de les réaliser au niveau de la recherche et développement.

Colonisation de l'espace

capture09-38.jpgHabitat spatial en construction de type tore de Stanford, Dessin d'artiste pour la NASA, 1975.

La colonisation de l'espace, ou colonisation spatiale, est au-delà d'un sujet classique de fiction, un projet astronautique d'habitation humaine permanente et en grande partie auto-suffisante en dehors de la Terre. Elle est liée à la conquête de l'espace.

Plusieurs groupes de développement de la NASA, de l'ESA, des Agences spatiales russe et chinoise ainsi que d'autres scientifiques ont étudié la faisabilité de projets de colonies spatiales en divers endroits du Système solaire. Bien qu'ils aient déterminé qu'il y a des matières premières exploitables sur la Lune et les astéroïdes géo croiseurs, que l'énergie solaire est disponible en grande quantité et qu'aucune nouvelle découverte scientifique majeure n'est nécessaire, ils ont évalué qu'il faudrait des prouesses techniques d'ingénierie, une meilleure connaissance de l'adaptation humaine à l'espace et surtout d'énormes moyens financiers pour concrétiser de tels projets. Presque tous les projets sont donc réduits à un niveau d'évaluation théorique ou ont même été abandonnés.

La seule présence humaine permanente dans l'espace est actuellement celle de la station spatiale internationale, qui n'est cependant pas autonome. En 2008, l'unique projet avec un plan de financement était une base permanente de 4 astronautes sur la Lune qui utiliserait des ressources locales prévue par la NASA pour 2019-2024, mais son budget a été remis en question en 2010. L'ESA, ainsi que les agences spatiales russe, japonaise et chinoise projettent quant à elles d'établir un avant-poste sur la Lune après 2025.

D'autres études théoriques de colonies spatiales situées sur d'autres satellites naturels, astéroïdes ou planètes comme Mars ont été étudiées par les scientifiques, et certains d'entre eux pensent que les premières colonies pourraient être des stations spatiales situées en orbite planétaire ou solaire. Des études encore plus prospectives et ambitieuses ont été réalisées, depuis la colonisation des lunes de Jupiter jusqu'à l'établissement de colonies de centaines de milliers d'individus ou de la terra formation de certaines planètes, mais celles-ci sont encore plus théoriques et nécessiteront de grandes avancées scientifiques et techniques qui ne seront possibles qu'à très long terme.

Le directeur de la NASA jusqu'en 2009, Michael Griffin, a identifié la colonisation de l'espace comme étant l'objectif ultime des programmes spatiaux actuels, mais la nécessité pour l'humanité de coloniser l'espace dans un futur proche ou lointain n'est cependant pas unanimement acceptée par la communauté scientifique, et un débat a toujours lieu à ce sujet.

Histoire scientifique

Le concept de colonisation de l'espace est étroitement lié à celui du vol spatial, de l'astronautique et la conquête de l'espace et repose sur les mêmes pères fondateurs.

Le pionnier de l'astronautique russe, Constantin Tsiolkovski, est le premier à évoquer le concept de la colonisation de l'espace de manière scientifique dans son ouvrage de 1903, La fusée dans l'espace cosmique, où il décrit l'utilisation de l'énergie solaire, d'une gravité artificielle par rotation et l'utilisation d'une serre pour créer un écosystème fermé. Il est également le premier à concevoir le projet d'un ascenseur spatial dans son livre de 1895 Spéculations sur la Terre et le ciel et sur Vesta. Il résume son point de vue sur l'avenir de l'humanité dans une de ses citations les plus célèbres :

« La Terre est le berceau de l'humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau. »

Le physicien allemand, Hermann Oberth, propose, en 1923, l'utilisation de stations orbitales permanentes et de voyages interplanétaires dans un livre qui n'est autre que sa thèse de doctorat rejetée comme utopiste par l'université de Munich mais acceptée par l'université Babeş-Bolyai de Roumanie la même année.

capture10-36.jpgProjet de station orbitale par Wernher von Braun, 1952.

Le scientifique slovène Herman Potočnik est le premier à concevoir une station orbitale en forme de roue placée en orbite géostationnaire. Un des anciens assistants d'Oberth, l'astronauticien Wernher Von Braun, reprend en 1952 les idées de Potočnik avec le projet d'une station spatiale en forme de roue tournant sur elle-même afin d'assurer une gravité artificielle d'un diamètre de 75 mètres servant de poste avancé et de camp de base pour une installation permanente sur la Lune dans la région de Sinus Roris et pour l'exploration de Mars. L'Américain Robert Goddard, un autre père de l'astronautique, est le premier à évoquer l'idée d'utilisation d'une arche spatiale à propulsion nucléaire afin de sauver l'humanité d'un Soleil mourant et de l'emmener vers un autre système planétaire. La peur d'une critique scientifique lui fit placer le manuscrit dans une enveloppe scellée et il ne fut publié que 50 ans après. L'utilisation de ressources extraterrestres pour la conquête de l'espace est également énoncée par Goddard en 1920.

L'astrophysicien suisse Fritz Zwicky en 1948 et l'astronome américain Carl Sagan en 1961 sont les premiers à émettre l'idée d'une terra formation afin de transformer les conditions de vie d'un monde pour que l'humanité puisse le coloniser. Le physicien anglais Freeman Dyson met en avant en 1960 le concept qu'une civilisation avancée pourrait avoir complètement entouré son étoile d'habitats spatiaux ou d'astéroïdes, créant ainsi une sphère de Dyson.

En 1975 la NASA publie une série d'études sur le sujet, réalisée en collaboration avec plusieurs universités. Ce rapport estime que pour que la colonisation spatiale soit possible, des milliers de lancements sont à envisager, ce qui nécessiterait un système de lancement bien plus économique que les fusées consommables de l'époque. C'est dans ce contexte qu'est développée la navette spatiale américaine, initialement un lanceur réutilisable, mais qui ne sera au final que partiellement réutilisable en raisons des coûts de développement et des restrictions budgétaires suite à l'arrêt progressif de la course à l'espace après la conquête de la Lune.

Le physicien américain Gerard K. O'Neill, dans son livre de 1977 La haute frontière : colonies humaines dans l'espace, développe l'idée d'une colonisation massive avec des habitats spatiaux gigantesques.

Après une pause en raison de l'arrêt de la course à l'espace qui était liée à la guerre froide, le concept de colonisation de l'espace devient moins ambitieux mais plus réaliste, avec l'établissement de la station spatiale internationale de bases permanentes sur la Lune et ensuite sur Mars par la mise en place d'un programme à moyen et long terme de la NASA et de l'ESA . De nombreux autres projets de colonisation du Système solaire sont aussi étudiés par les scientifiques depuis des dizaines d'années, mais aucun n'a eu de financements assurés comme celui de la NASA.

VOIR AUSSI LE CHAPITRE SUR LA COLONISATION SPATIALE

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