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LA SCIENCE NOURRIT LA FICTION

La science-fiction plonge ses racines dans la science, dans toutes les sciences. La science, les progrès techniques et humains constituent la matrice du genre.

En son sein les théories scientifiques, et leurs applications, s’apparient, fusionnent et engendrent des fictions qui pourraient constituer une branche, certes non conventionnelle, de la science. Théorie osée ?

d92.jpg Si nous observons la SF anglo-saxonne, nous remarquerons une profusion d’auteurs ayant une solide formation scientifique. Les doctorats en sciences sont légions ; nous pouvons citer, de façon non exhaustive, Gregory BENFORD, David BRIN, Catherine ASARO, Robert FORWARD, Charles SHEFFIELD, les frèresHOYLE, Alastair REYNOLDS, Isaac ASIMOV, Stephen BAXTER, Carl SAGAN...

Certains d’entre eux instrumentalisent la SF pour mener plus loin leurs réflexions. Les fictions qu’ils produisent leur épargnent les protocoles scientifiques rigoureux et la critique de leurs pairs. La science-fiction, entre leurs plumes, devient expérience de pensée, une technique heuristique chère aux physiciens allemands du début du XXième siècle. Alors, la science-fiction une science ? Développons.

La science-fiction serait-elle une science ? Ou, plus étonnant, la science serait-elle une fiction ? Ou encore, science et science-fiction seraient-elles deux émanations d’une même méthode pour questionner le réel ? Comme Jean-Marc LEVY-LEBLOND, nous pourrions alors renommer le genre science=fiction ! Argumentons sur cette nouvelle dénomination et nous verrons que si les sciences nourrissent la SF, la SF nourrit les sciences et, souvent, la nouvelle description de la réalité dépasse la fiction. Un bel achèvement symbiotique car la frontière des sciences, qui s’éloigne dorénavant rapidement de notre compréhension globale, relève de la pure science-fiction [!] comme le signalent certains journalistes pour pimenter leurs articles. Arthur C. CLARKE avait raison, certaines théories scientifiques relèvent de la magie car nous manquons de compréhension globale. Nous perdons le sens de l’émerveillement scientifique et nous nous réfugions, par facilité, dans les religions... ou dans la fantasy...ou encore dans l’ésotérisme, en vogue ces temps ci [pauvre de nous ! un type a même porté plainte contre un horoscope qui portait préjudice à son activité !!!] Ce phénomène ne serait finalement qu’un retour en arrière car, pour Millet et Labbé, la science-fiction serait une conséquence de la mutation de l’émerveillement religieux en un émerveillement scientifique.

Science et fiction, une démarche similaire pour questionner le réel.

La démarche scientifique d’interrogation du réel repose sur quatre temps : l’observation, l’expérimentation, l’application et la transmission. Le scientifique observe un phénomène et élabore une théorie qu’il soumet à l’expérimentation. Si sa théorie franchit le cap de l’expérimentation - la reproduction du phénomène - elle passe dans le domaine de l’application : ses produits serviront, ou desserviront, l’homme. Puis les connaissances acquises seront transmises. f52.jpg

La fiction procède de la même démarche mais dans une réalité imaginaire, pour mieux encore interroger le réel. La science-fiction, suprême raffinement, applique la démarche fictionnelle à la science ! La science-fiction raconte la science et ses histoires futures, en explore les impacts possibles sur l’homme, la société, la nature. La science-fiction interroge la science et donc le réel dévoilé par la science. Le sujet de la SF est ainsi immense, toujours en évolution et, plus fondamentalement, dans le même sillage que la science. Ainsi, la science-fiction est un outil fantastique pour développer et affiner notre compréhension globale de la réalité en complétant les ouvrages de vulgarisation scientifique.

Compte tenu de ces premières réflexions, nous pourrions expliquer pourquoi il s’avère si difficile de définir, de circonscrire, la science-fiction. Ses sujets sont multiples et ses développements multidisciplinaires. Selon que l’auteur s’intéressera à l’un ou l’autre des temps de la démarche scientifique, à l’une ou l’autre des sciences, nous lirons une fiction d’un des différents courants du genre. Nous y reviendrons.

La SF raconte la science. Est-elle un vecteur de vulgarisation ?

De nombreux courants du genre reposent sur les sciences dures. Leurs auteurs sont généralement des scientifiques, des passionnés de sciences ou encore des auteurs qui travailleront leur sujet à partir d’un solide fond documentaire. Donc, dans un premier temps, ces auteurs nous fourniront nécessairement une vulgarisation. Progressivement ils glisseront dans la fiction laissant au lecteur le soin - l’excitation - de découvrir le glissement, la séparation, entre le réel et l’imaginaire, le factuel et l’hypothétique, l’actuel et le futur. Nous noterons que certains auteurs de SF sont également des vulgarisateurs : Isaac ASIMOV, Gregory BENFORD ont écrit bon nombre d’essais pour expliquer la science aux amateurs...d25.jpg

Ainsi, la SF pourrait constituer une étape supplémentaire dans l’appropriation de la science avec les publications scientifiques et les ouvrages de vulgarisation. La SF ferait donc partie du quatrième temps de la démarche scientifique : la transmission.

Nous pourrions citer un ouvrage de traduction récente, "Evolution" deStephen BAXTER [Presses de la cité], pour illustrer ce propos. Ce roman est une fiction de vulgarisation ou, comme le définirait la quatrième de couverture, un récit de science-fiction réaliste.

"Sur Terre, quelque soixante-cinq millions d’années avant notre ère. Alors que les dinosaures règnent en maîtres sur le monde, une petite créature appelée Purga lutte pour survivre. Purga est un purgatorius, l’un des tout premiers mammifères, et l’ancêtre de l’humanité. Elle vit la nuit, et sa principale occupation consiste à trouver de la nourriture pour elle et ses petits. Elle aurait pu poursuivre ainsi son existence, mais la chute d’un météore va tout bouleverser. L’écosystème subit de gigantesques mutations, les dinosaures s’éteignent, et la longue marche vers ce qui, un jour, deviendra l’homme peut commencer..." [extrait du 4ème de couverture].

Le seul souci pour le lecteur sera de faire la part entre les faits, les théories scientifiques assises et les pures créations imaginaires de l’auteur. En tout état de cause nous avons un ouvrage qui se situe entre la fiction pure et la vulgarisation pure. C’est également un remarquable travail multidisciplinaire dont toute la substance émerge dans le tiers final - courage. Pour en faire une courte critique c’est un excellent roman mais le lecteur doit se forcer, vaincre une certaine monotonie de ton et, surtout, se documenter en parallèle pour extraire toute la pertinence de la vision de l’auteur sur notre futur [assez sombre]

d53.jpg Dans le style ‘essayez de démêler la théorie scientifique de l’hypothèse fictionnelle’ [peut-être un pléonasme] Greg BEAR brille. Dans le registre historique, Christopher PRIEST et sa "Séparation" laisseront pantois.

Néanmoins, pour nuancer le titre du chapitre, je citerai Joël CHAMPETIER « le rôle de la SF n’est pas d’enseigner la science. On s’intéresse moins aux faits qu’à leur impact sur l’humain. Le but, c’est de mieux nous comprendre. Mais on le fait avec une vision plus large, tenant compte des sciences et techniques. » Finalement une excellente définition de la SF et de son rôle ; une critique presque parfaite d’ "Evolution" de BAXTER.

Si la science nourrit la fiction, la fiction nourrit la science

Pour soutenir cette affirmation, je prendrais un exemple fameux : la collaboration entre Kip THORNE et Carl SAGAN pour son roman"Contact". Carl SAGAN cherchait une solution, scientifiquement plausible, pour échapper au mur de la vitesse de la lumière dans le cadre d’un premier contact entre l’humanité et une société extraterrestre très éloignée dans l’espace et donc dans le temps. Dans un premier temps, Carl SAGAN pensa utiliser les trous noirs. Il soumit son hypothèse à la critique de Kip THORNE. Ce dernier la réfuta et lui proposa le trou de ver, une autre solution aux équations de la relativité générale d’Einstein. La science autorisa la fiction du contact. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Kip THORNE poursuivit ses recherches sur le trou de ver, ce raccourci dans le tissu de l’espace-temps, et fit des découvertes essentielles en physique théorique. Si la démarche utilisée par Kip THORNE était scientifique, son hypothèse de départ, empruntée à la fiction initiale de Carl SAGAN, était purement fictionnelle : supposons une civilisation suffisamment avancée pour qu’elle ne subisse aucune entrave technologique ou énergétique, comment ferait-elle pour stabiliser et utiliser un trou de ver comme moyen de transport ou de communication ? De cette hypothèse, Kip THORNE écrivit toute une théorie sur la physique des trous de ver. Théorie qu’il exposera dans un ouvrage de vulgarisation, "Trous noirs et distorsion du temps".

e28-1.jpg Nous avons dans cette histoire une belle interrelation entre science et fiction et, deux ouvrages à la clef : un roman de science-fiction et un ouvrage de vulgarisation. La physique des trous de ver continue d’alimenter la science-fiction et, notamment, sa thématique des voyages dans le temps. Avec cet exemple nous voyons apparaître un cycle.

La science ‘autorise’ la fiction, la fiction ‘autorise’ la science à aborder la réalité autrement que par l’observation d’un phénomène naturel et la fiction s’empare des nouvelles théories produites

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