Referencement gratuit

 TROUVEZ LES MOTS JUSTES

Jusqu'ici personne ne s'est jamais réellement penché sur ce qu'il conviendrait de dire si nous rencontrions les ambassadeurs d'une civilisation extraterrestre ou sur le contenu du message à leur transmettre.

 Les "bouteilles à la mer" que nous avons envoyées jusqu'à présent représentent plus des messages à la postérité nous forçant à nous interroger sur nous-mêmes que de véritables messages destinés à une forme de vie évoluée extraterrestre.    

Mais cette tâche est aujourd'hui entre les mains de Douglas Vakoch, le leader de l’Interstellar Message Group" à l'Institut SETI. Comme il le dit bien : "la manière de répondre a un immense impact parce qu'elle détermine la nature du dialogue pour les centaines de milliers d'années à venir".

Seth Shostak qui travaille également à l'Institut SETI sur plusieurs programmes de recherche nous rappelle que "SETI recherche des êtres intelligents. Des êtres complexes qui peuvent refuser de communiquer. Et ce que nous essayons de faire c'est d'écouter clandestinement leurs signaux tels que les ondes radios ou la lumière qu'ils pourraient émettre dans notre direction".

capture44-2-6.jpgLe protocole élaboré par l'IAA stipule qu' "aucune réponse à un signal ou à toute autre preuve d'intelligence extraterrestre ne devrait être envoyée tant que les consultations internationales appropriées n'ont pas eu lieu".

Mais ainsi que nous venons de l'expliquer, les chercheurs du programme SETI jugent ce protocole inapproprié. Non seulement ils peuvent effectuer eux-mêmes les vérifications qui s'imposent, mais si quelqu'un nous appelle nous ne pouvons pas lui répondre n'importe quoi au risque de passer pour des idiots.

Mais la maxime le dit bien, "c'est la première impression qui compte". Aussi Vakoch et son équipe doivent bien évaluer le pour et le contre de cette attitude avant que nous entamions tout dialogue avec une civilisation extraterrestre.capture57-9.jpgVakoch précise que "nous devons considérer l'impact à long terme d'un échange. Une approche serait d'envoyer autant d'information que nous pouvons en espérant qu'ils partageront les leurs avec nous. Mais certains préféreraient peut-être que nous n'allions pas aussi loin. Peut-être faudrait-il conserver certains sujets de côté pour les échanges ultérieurs".

La langue est également un facteur important et selon Vakoch la clef de la réussite d'un tel projet consiste à transmettre un message dans de nombreuses langues différentes et sous plusieurs formes, telles que des images, des sons et du texte ou en utilisant une langue basée sur un langage universel comme les mathématiques ou la logique. En fait on ignore tout de nos correspondants et toute solution est envisageable. 

Mais diront certains à bon escient, on ignore si ces extraterrestres sont altruistes, curieux de nature ou indifférents. Ce qui est certain c'est qu'ils ont envoyé un message et attendent éventuellement une réponse. Mais on peut imaginer que si la réponse les intéresse, ils aimeront en savoir en plus.  Rien ne dit que ces êtres ont de bonnes ou de mauvaises intentions. Recevoir un message s'est signalé notre présence. Pour certains, plus habiles au maniement des armes que du verbe, ces extraterrestres seraient comme des prédateurs qui vivraient dans les abysses et verraient soudainement la lumière d'un poisson bioluminescent. Ils savent maintenant qu'il y a de la nourriture à deux pas. Ceux-là pensent que pour vivre bien il faut vivre caché et de nous rappeler le scénario catastrophique du film "Independence Day" où le monde est envahi par une colonie d'exterminateurs extraterrestres. 

Essayons toutefois d'imaginer le bon côté des choses. Rien ne prédispose aucune forme de vie évoluée à être belliqueuse de nature et moins encore si elle a développé une civilisation technique et acquis un certain niveau culturel. Elle a forcément dû apprendre à gérer ses conflits internes pour survivre et connaît le risque que peut entraîner une guerre avec une puissance étrangère inconnue.

Jusqu'à présent, les signaux que nous avons envoyés dans l'espace contiennent des images, des sons, des messages de bienvenue et même de la musique de Bach. Mais même créés avec la meilleure intention du monde, Vakoch pense qu'ils ne seront probablement jamais lus. 

La principale raison est le délai des communications. On ne peut pas dialoguer si nous devons attendre la réponse durant des milliers d'années. Ce monologue n'aboutit à rien de concret à court terme pour aucune des civilisations. Par contre capter un message, le déchiffrer, nous permet d'acquérir des connaissances sur notre correspondant, un savoir que nous pouvons éventuellement mettre à profit immédiatement au sein de notre culture.

Si nous devons répondre à un message, les membres de l'Institut SETI pensent qu'il devrait être rédigé au cours d'un atelier de travail ou une "Task Force" à laquelle serait convier le plus grand nombre de personnes possible, allant de l'artiste au philosophe en passant par le scientifique et le professeur.

Pour Vakoch : "nous devons commencer par réfléchir à la manière dont nous voulons être représentés. Je pense personnellement que nous devrions inclure certaines de nos faiblesses et certaines des choses que nous souhaiterions améliorer". En fait son idée est de donner à nos correspondants une idée aussi fidèle que possible de notre réalité, sans éluder nos points faibles et nos difficultés, pour éviter toute interprétation de leur part et sans idéaliser inconsciemment notre condition d'humain.

Vakoch a déjà présenté en 2002 quelques messages de base typiques lors d'une exposition organisée au Chabot Space and Science Center d'Oakland en Californie. Ces messages comprennent entre autres choses des documents comme la table périodique des éléments écrite en langage binaire ou l'image d'un couple d'êtres humains se tenant l'un à l'autre représentant l'idée du soutien et de la sécurité. Des suggestions moins prosaïques pour dialoguer avec des extraterrestres ont même été proposées par des écoliers visitant le centre. Tout cela permet de sensibiliser le public à la problématique d'un contact, une manière peut-être aussi d'obtenir des voix à l'avenir si l'un de ces enfants devient sénateur et doit défendre le budget d'un futur programme SETI. Le syndrome Proxmire a laissé un mauvais souvenir aux scientifiques.

Quoi qu'il en soit, tous ces projets confirment que depuis 1960, SETI a bien évolué et considère de plus en plus différents aspects de cette recherche. On ne parle plus nécessairement de transmissions limitées au spectre radio, on touche au rayonnement optique, laser, etc, tandis que les chercheurs n'hésitent pas à discuter de modes de transmissions encore balbutiants comme les messages quantiques et de protocole de réponse tenant compte des susceptibilités de chacun. La sagesse en cette matière semble prendre progressivement le-dessus après les critiques sévères faites à SETI dans les années '80 à propos de leurs méthodes de recherches jugées irréalistes ou techniquement dépassées. A ceux qui jugent encore que SETI fait fausse route en cherchant des signaux radios analogiques dans le trou d'eau ou ses harmoniques alors que notre monde passera bientôt au "tout digital" à large bande, la civilisation qui est capable de nous envoyer un message à travers le gouffre de l'espace-temps connaît également les lois de la physique et les contraintes d'une transmission. Vraisemblablement équipée de détecteurs sophistiqués, capable de balayer toute l'étendue du spectre électromagnétique dans différents modes, elle sera nécessairement capable de capter le message "primitif" envoyé par voie analogique par notre civilisation. Qui peut le plus peut le moins.

Principes de forme

Le problème de l'existence et de l'évolution d'une forme de vie intelligente dans l'univers est d'une énorme importance scientifique et philosophique. Il fut une époque où l'anthropocentrisme avait des relents de scientisme. La science moderne ne soutient plus cette thèse et disons le tout de suite, au grand dam des ufologues, il n'y a à l'heure actuelle aucune preuve de l'existence d'une vie organisée dans l'univers.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   Reste un sujet qui nous interpelle tous : que ce passerait-il si le premier message radio d'une civilisation extraterrestre était capté ? Devons-nous y répondre, si oui comment ? Nous verrons quelles attitudes nous pourrions adopter en cas de visite extraterrestre.                            

Pour faire face à un éventuel contact, l'Union Astronomique Internationale (UAI) en collaboration avec l'Académie internationale d'astronautique et l'Institut International de Droit Spatial ont adoptés en 1989 une déclaration visant à poser quelques principes de forme. L'un d'eux stipule que "la recherche d'intelligences extraterrestres [...sera entreprise] dans des buts pacifiques et dans l'intérêt commun de toute l'humanité". Ouf ! Que le message capté devra être confirmé par des radioastronomes équipés pour détecter de tels signaux. Il devra être évalué par un comité d'experts - astronomes, astronautes, psychologues, biologistes, planétologues - afin de situer la découverte dans son contexte général. Enfin la découverte sera communiquée par l'intermédiaire des Nations Unies. La découverte appartiendra à l'Humanité entière. Ce protocole d'annonce traduit bien l'esprit qui règne dans la communauté scientifique en faveur de cette recherche et le désir d'éviter toute méprise...  

Ceci dit, il est certain que chacun serait surpris d'apprendre ce premier contact et nous réactions seront inattendues. Dans son livre "Contact" qui fut un succès au box office en 1997, Carl Sagan imaginait quelles seraient nos réactions dans de telles circonstances. Pour préparer cette éventualité, le sociologue Donald Tarter de l'Université d'Alabama analysa par sondage les réactions des médias, des magazines spécialisés, des journaux et de la télévision.

De l’avis général, il considéra qu'un comité d'experts devra vérifier le phénomène. Ce comité aidera l'interprétation et l'analyse des annonces. Car une fois connue du public les scientifiques s'accordent pour dire que l'annonce d'une telle découverte marquera le seuil d'une nouvelle compréhension de l'humanité. Dès lors, le comité de vérification qui sera mis en place et qui transmettra l'annonce aux Nations Unies et autres institutions scientifiques, et finalement aux médias, devra agir comme s'il s'agissait d'une situation de crise.

Pour illustrer nos propos, prenons par exemple les comptes-rendus de la "Guerre du Golfe" au Koweït ou des vols spatiaux de la sonde spatiale Voyager au JPL, les responsables ont planifié des conférences de presse journalières avec les journalistes qui d'un commun accord n'ont pas divulgué l'ensemble des informations qu’ils détenaient. L'annonce devait être crédible, sans être alarmante ou noyer l’essentiel de l’information.

Dans la population, après une excitation certainement inqualifiable, certains auront un sentiment de crainte ou d'incrédulité. D'autres seront enthousiastes de savoir qu'il existe une autre forme de vie dans l'univers. Des entreprises exploiteront le phénomène, à travers la vente de produits commerciaux mais également le fanatisme des sectes, etc. Même si le message reste incompréhensible et si notre réponse devra mettre des milliers d'années avant de retourner à son émetteur, l'essentiel serait acquis : nous aurions la preuve irréfutable qu'il existe, quelque part dans l'univers, une autre planète sur laquelle vivent des êtres dotés d'une conscience au moins équivalente à la nôtre... et malgré l'inquiétude de nos peuples, que l'irrémédiable apocalypse n'est pas le seul destin. Ah, si cela pouvait réellement se produire... Fascinante perspective !

Si nous persistons à n'écouter que le "trou d'eau" ou rechercher des signaux radios répétitifs, nos chances d'une telle découverte sont faibles. Les chances ne sont pas beaucoup plus élevées si on se limite à un espace de 10 ou 1000 a.l. Les chances deviennent plus raisonnables si nous augmentons notre sphère d'écoute et le spectre des fréquences, même si nous perdons en durée d'observation (temps d'intégration) et en résolution spatiale. Mais si nous découvrons une civilisation à plusieurs centaines d'années-lumière, le temps que mettra le rayonnement à se propager nous empêchera de connaître la réponse. Quoi qu'il en soit ce serait la conclusion d'une aventure.

Le dialogue

Aujourd’hui, la seule réponse envisageable est évidemment par le biais d'un radiotélescope, les techniques lasers ou plus sophistiquées étant à peine ébauchées.

Comme l'a bien exprimé Donald Goldsmith, directeur de l'Interstellar Media pendant le Symposium Balaton en 1987, les avis divergent déjà quant au contenu. Faut-il dialoguer malgré la barrière spatiale et temporelle, le message doit-il être à la mesure de l'intelligence de nos correspondants, faut-il le censurer en ce qui concerne toute déviance théologique, politique, militaire ou autre ?

Dans l'état actuel de notre culture, les scientifiques ont proposé que le contenu du message soit à charge de la Commission 51 de l'UAI dévolue à la bio astronomie. Le message doit être à la mesure de ses "concurrents" éventuels, clair, intelligent, donc bien préparé. 

Cette idée n'est pas récente. En 1960 déjà, un langage cosmique universel avait été mis au point par le mathématicien hollandais Hans Freudenthal. Sa logique était remarquable. Il avait un jour parié avec un homme qu’il mangerait 20 pommes de terre. Après en avoir mangé 19 et se sentant incapable d’ingurgiter la dernière, il déclara : “J’aurais dû commencer par cette pomme de terre !”

Freudenthal inventa le langage LINCOS. Purement logique, c'est un langage non verbal dont le but est d'enseigner un savoir à autrui. Le message est enfoui dans des procédures codées, distinctes du symbolisme de la langue, ce qui permet tout à la fois au lecteur de traduire le message et d'apprendre un concept particulier (cela va d'une information scientifique à une pensée ou une émotion). Une autre façon de travailler est d'envoyer un message encyclopédique sous forme binaire. Cela pourrait se réaliser en quelques minutes comme on le fit à Arecibo en 1974. Après, il faudra beaucoup de patience jusqu'à la rencontre...capture05-6-4.jpg

Un exemple de message séquentiel binaire. La solution la plus simple est de se dire que la logique se trouve dans l'ordonnance des 0 et des 1 le 1 est noir le 0 est blanc

capture06-5-5.jpgLa séquence se compose de 551 caractères, sur des lignes de 29 par 19, 0 et 1 sont deux nombres premiers. On peut donc représenter la séquence sous forme d'une matrice

capture07-6-4.jpg En transposant les carrés noirs et blancs dans une matrice 19x29, le message binaire devient une image compréhensible

Si le contact avait une chance de s'établir, ce serait la plus grande découverte de l'Humanité. Tous les hommes de science sont d'accord sur le fait qu'il devrait exister une vie extraterrestre. Mais les approches sont spécifiques et variés, guidés par des a priori, la subjectivité et le manque d'idées clairvoyantes. En fait nous manquons tous de repères. Si nous pouvions être sûrs du phénomène, le fait d'apprendre que nous ne sommes pas seul dans l'univers serait fondamental pour notre survie.


RETOUR

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site