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 LES EXTRATERRESTRES POURRONT NOUS LES COMPRENDRE 

Depuis Copernic, la terre n’est plus au centre de l’univers. Mais ce qu’on croyait être une révolution scientifique cache peut-être une angoisse métaphysique. Pour s’en rendre compte il suffit de se pencher sur certaines conséquences inattendues du paradoxe de Fermi.

Le chanoine polonais Nicolas Copernic se doutait-il, en 1543, en recevant sur son lit de mort un exemplaire de la première édition de son livre fameux, De Revolutionibus, qu’il ouvrait une boite de Pandore d’où allait tout à la fois sortir la science des quatre siècles à venir et l’un de ses pires cauchemars ?

Comme le rappelle l’historien Alexandre Koyré.

« Depuis Copernic, et seulement depuis Copernic, que l’homme n’est plus au centre du monde. »

Cette idée de Copernic a eu une conséquence : si la Terre n’est plus au centre du système solaire, si elle est désormais une planète parmi tant d’autres, alors les autres planètes doivent aussi porter la vie.

Les grandes révolutions scientifiques capture59-6.jpg

Introduites après Copernic, notamment par Darwin ou l’ethnologie, ont renforcé cette image d’un univers régi par le « principe de banalité »: non seulement nous ne sommes pas au centre de l’univers mais l’Homme n’est pas le sommet de l’intelligence. L’intelligence humaine occupe une place intermédiaire dans l’ordre des formes d’intelligence. Nous ne sommes pas seuls, mais surtout nous ne sommes pas les premiers.

A première vue ce raisonnement semble couler de source. Pourtant il a pris peu à peu la forme d’un cauchemar pour les chercheurs, notamment depuis la naissance du programme SETI. En effet il entend prendre au sérieux les conséquences du principe de banalité mais il maintient ces ET « plus évolués » à bonne distance. C’est une contradiction : des ET plus évolués que nous sur un astre lointain, c’est comme un western où les Indiens resteraient sagement dans leurs tipis sans attaquer Fort Alamo ! De tels ET ont toutes les chances d’être moins loin qu’on ne l’imagine. C’est le raisonnement que fit en 1950 le physicien Enrico Fermi: s’il existe des civilisations ET, sur le nombre, certaines, plus anciennes, devraient avoir trouvé le moyen de venir jusqu’à nous. Donc nous devrions les voir. Or nous ne les voyons pas. Où sont-ils donc ?

Le physicien anglais Stephen Webb a recensé dans un ouvrage les « 50 solutions au paradoxe de Fermi ». On connaît les principales :

Comme ils devraient être là et que nous ne les voyons pas, c'est qu'ils n'existent pas  

Les voyages interstellaires sont impossibles

Nous sommes peut-être dans un zoo et il est interdit aux visiteurs ET d'interférer avec un peuple aussi primitif...

Etc. Le débat s'est enlisé, chacun défendant sa position.

Le problème c’est que les solutions imaginées partent du principe que si des ET étaient proches nous devrions automatiquement les voir. Cela revient à prendre au sérieux comme modèles de contact les scénarios des séries B des années cinquante comme Le Jour où la Terres s’arrêta et à oublier deux très bonnes raisons de penser autrement.capture40-10.jpg

La première

Concerne la difficulté à « voir » les faits en science.

La seconde

Notre capacité à comprendre une forme d’intelligence profondément étrangère à la nôtre.

Nous réagissons en effet comme si le regard scientifique s’exerçait de façon simple et immédiate, comme si la réalité s’imposait au regard du chercheur. Or rien n’est plus faux : la réalité n’est pas en accès immédiat, à moins de construire les instruments et les concepts, fragiles et coûteux, qui vont permettre de regarder et d’éventuellement voir – par exemple en physique, un détecteur conçu pour découvrir une particule prévue par la théorie. Cet argument de visibilité immédiate d’éventuels ET proches manque de force pour une deuxième raison. Il revient à réduire la question de la recherche d’une manifestation dotée d’intelligence à l’observation d’un phénomène prévisible. Or les comportements dotés d’intelligence sont tout sauf prévisibles, comme en témoigne l’histoire de l’anthropologie ou celle des sciences. L’histoire est pourtant conditionnée par une série de raisonnements absurdes produits dès 1960 dans l’article de Cocconi et Morrison selon quoi l’histoire des civilisations se place sur une échelle graduée allant des civilisations moins évoluées à la nôtre, comme si toute civilisation en marche aboutissait forcément à (ou passait par) la nôtre. C’est faire peu de cas de la notion de diversité culturelle et de celle d’innovation. Si la marche des civilisations était aussi prévisible qu’on l’affirme, pourquoi l’histoire des cultures se révèle-t-elle aussi complexe, malgré le fait que nous soyons tous de la même famille (sapiens sapiens) ? La réalité a toutes les chances d’être très différente: plus des ET seront capables de maîtriser leur environnement, plus ils seront éloignés par la distance culturelle, scientifique, (sans parler de la distance biologique et sans doute physique).

Dès lors, la recherche concerne moins l’image que se font les scientifiques de comportements « dotés d’intelligence » que celle qui ressort de l’histoire de l’anthropologie culturelle. Mais les porte parole (pour exemple de SETI ) se refusent à prendre l’idée au sérieux. Et ils ne sont pas les seuls. Pendant des milliers d’années, on a réduit les réalisations des autres cultures à des superstitions. Ce n’est que récemment qu’on a reconnu les Autres comme nos semblables — et encore ce constat ne met-il pas tout le monde d’accord.capture60-6.jpgLes rares fois où les scientifiques ont été confrontés, sur Terre, à des comportements dotés d’intelligence un peu trop différents des leurs, ils n’y ont rien compris. Ainsi, lorsque le jeune Darwin, embarqué sur le Beagle, découvre les habitants de la Terre de Feu, il rapporte avoir eu l’impression de se trouver face à des hommes préhistoriques, réduits au rang d’animaux sauvages, dénués de tout art, d’organisation sociale, voire même de langage articulé, dont il compare les mimiques à celles de l’orang-outan...capture61-4.jpgPlus près de nous, lorsque les portes parole de SETI croisent des ufologues (de UFO = ovni), ils les classent comme irrationnels au lieu de faire l’effort de les comprendre (ce qui ne veut pas dire accepter).

Si les ufologues étaient des ET, Seti aurait raté son examen d’entrée au club galactique. Et lorsqu’il s’agit d’envisager la présence d’ET proches et donc « plus évolués », on semble se heurter carrément à un interdit.

Ainsi, lorsque l’astrophysicien Michael Papagianis a voulu tester le paradoxe de Fermi et a proposé de fouiller la ceinture d’astéroïdes à la recherche d’éventuels « engins » extraterrestres, il n’a pas obtenu le financement voulu. Sans doute craignait-on là aussi l’amalgame avec les soucoupes volantes...capture62-4.jpgCes deux derniers exemples ne sont bien sûr pas choisis au hasard. Ce sont des exemples « qui fâchent » mais il est important de comprendre pourquoi. La science-fiction a sans doute la solution lorsqu’elle suggère que la présente d’E.T. nous serait incompréhensible et déclencherait des débats sans fin, exactement comme ce qui se produit avec les soucoupes volantes depuis 1947, qui constituent donc — indépendamment du fait d’“y croire” Un remarquable cas d’école pour SETI. Qu’il s’agisse de Solaris de Stanislaw Lem, de2001, l’Odyssée de l’espace de Sir Arthur C. Clark et surtout de Contact, de Carl Sagan.

Le contact aboutit à une situation où notre propre intelligence se trouve transcendée par d’autres formes d’intelligences. Sagan introduit habilement l’idée qu’il faut alors « penser E.T. » mais l’intrigue qu’il construit soulève une question que les chercheurs refusent de se poser : pourrions-nous seulement espérer communiquer avec une civilisation qui serait « en avance » sur la nôtre de quelques millions d’années ?

Poser cette question —la seule qui prenne au sérieux le paradoxe de Fermi —revient à atteindre une sorte de limite où le beau programme enclenché par Copernic tourne au cauchemar métaphysique. Car cela revient à prendre conscience de façon particulièrement brutale de notre situation de primate, du fait que nous pourrions être le « babouin » de quelque « anthropologue » dont nous ne sommes pas prêts de comprendre le programme de recherche !

Par Pierre Lagrange : Chercheur associé au LAHIC

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