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LA BANDE DESSINEE AMERICAINE

La bande dessinée aux États-Unis tire son origine des premières œuvres européennes

capture10-33.jpg En effet, dès 1842, Les amours de M. Vieux-bois de Rodolphe Töpffer sont publiés sous le titre The Adventures of Obadiah Oldbuck. Cette édition est un piratage de l'œuvre originale car elle se fait sans l'autorisation de Töpffer et sans que celui-ci ne touche de droits d'auteur. Cette première publication est suivie de celle des autres œuvres de cet auteur, toujours sous formes d'éditions pirates. Les bandes dessinées de Töpffer sont régulièrement rééditées jusqu'à la fin des années 1870, ce qui donne à des artistes américains l'idée de produire des ouvrages semblables. Journey to the Gold Diggins by Jeremiah Saddlebags de James A. et Donald F. Read est en 1849 la première bande dessinée américaine.

Ces revues n'atteignent cependant qu'un public cultivé et assez riche pour pouvoir se les payer. Il faut attendre les progrès technologiques permettant une reproduction aisée et bon marché des images pour que la bande dessinée américaine prenne son envol. Quelques magnats de la presse comme William Randolph Hearst et Joseph Pulitzer se livrent alors une concurrence acharnée pour attirer des lecteurs et décident de publier des bandes dessinées dans leurs journaux.

Les comics strips

Les histoires de quelques cases disposées horizontalement sur deux bandes ou une page s'imposent rapidement : c’est le début des Comics strips. En 1897, Rudolph Dirks crée dans American Humorist, supplément hebdomadaire du New York Journal, The Katzenjammer Kids. Très vite, Dirks utilise des bulles et sa série de bande dessinée devient la première à utiliser systématiquement la narration linéaire. Mais Dirks se brouille avec Hearst et quitte son journal pour aller dessiner dans le New York World, de Pulitzer, les Kids sous le nom de Hans and Fritz tandis que Hearst confie les Katzenjammer Kids à Harold Knerr.

capture11-31.jpgThe Yellow journalism

Les strips d'aventures

À partir du milieu des années 1920 apparaissent les séries mettant en scène des héros confrontés à toutes sortes d'aventures. Le premier artiste à proposer ce type de personnage est Roy Crane qui crée en 1924 pour le syndicate Newspaper Enterprise Association Wash Tubbs, et son aventurier éponyme à la recherche de trésors perdus. Cette aventure prend de l'importance en 1929 avec l'arrivée aux côtés de Wash Tubbs d'un nouveau personnage particulièrement athlétique : Captain Easy. Celui-ci prend de plus en plus de place pour finir par obtenir une page dominicale en 1933 sous le nom de Captain Easy, Soldier of Fortune. Wash Tubbs et Captain Easy sont repris dans les années 1930 en comic books par plusieurs éditeurs comme Dell, Hawley ou Argo.

Après Wash Tubbs d'autres héros vont arriver dans les pages des quotidiens. Parmi les plus célèbres figurent l'adaptation du personnage de roman Tarzan lancée par Hal Foster en 1929, Scorchy Smith créé en 1930 par John Terry et repris en 1933 par Noel Sickles, Dick Tracy, une bande dessinée policière de Chester Gould lancée en octobre 1931, Mandrake le magicien de Lee Falk, Flash Gordon, une bande dessinée de science-fiction d'Alex Raymond et Terry et les Pirates de Milton Caniff toutes trois créées en 1934.

Les comics books

capture12-32.jpg   capture13-33.jpg

Will Eisner, créateur du Spirit

En 1933, la bande dessinée américaine connaît une nouvelle révolution avec l'apparition des comics books. Max Gaines, à partir de strips publiés dans les journaux, crée un magazine destiné à être offert comme cadeau promotionnel par des entreprises. Par la suite, il a l'idée de vendre ces fascicules sans qu'ils soient liés à un produit. Ainsi en février 1934, paraît Famous Funnies un comic book de cent pages vendu au prix de dix cents et qui reprend des strips de journaux tels que Joe Palooka, Mutt and Jeff, Dixie Dugan. Un seul numéro paraît cependant et, en mai 1934, sort le premier numéro de Famous Funnies, série deux, qui est un mensuel publié jusqu'en 1955. Ce comics n'est pas immédiatement rentable et il faut attendre le septième numéro pour que Eastern Color Printing, la société qui l'édite, commence à gagner de l'argent. Bientôt de nouvelles maisons d'édition apparaissent pour profiter du succès grandissant de ce nouveau média et les différents genres du comic strip (humour, western, science-fiction, etc.) font l'objet de publications dédiées.

Superman et autres super-héros

En 1938, l'une de ces maisons d'édition, nommée National Allied Publications, décide de lancer un nouveau comic book. National Allied Publications, fondée par 1934 par Malcom Wheeler-Nicholson, est depuis 1938 la propriété de Harry Donenfeld et Jack Liebowitz. À l'origine, la maison est déficitaire mais sous cette nouvelle direction elle commence à gagner de l'argent. Pour ce nouveau titre, les éditeurs sont à la recherche d'histoires originales. Ils acceptent donc le projet de deux jeunes auteurs, Joe Shuster et Jerry Siegel, qui ont déjà créé deux séries d'aventures (Dr. Occult et Slam Bradley) pour National. Ils présentent cette fois une série qui met en scène les aventures d'un personnage doué d'une force surhumaine et nommé Superman. Ce projet était déjà ancien et avait été présenté à plusieurs maisons d'édition qui l'avaient toutes refusé. C'est grâce à Max Gaines que Siegel et Shuster travaillent de nouveau à leur création, et que Donenfeld et Liebowitz se laissent convaincre de le publier. C'est donc dans le premier numéro, paru en mars 1938, de ce nouveau comic book intitulé Action Comics, qu'apparaît le premier super-héros, Superman.

9a.jpg Le succès est immédiat et rapidement Superman est copié. Victor Fox, propriétaire de Fox Comics, demande à Will Eisner de créer un ersatz de Superman. Cela finit par un procès que Fox perd. En 1941, National lance une nouvelle procédure judiciaire, cette fois-ci contre Fawcet Comics, qui édite les aventures de Captain Marvel créé en 1940 par C. C. Beck. Cela n'empêche pas la multiplication des éditeurs Charlton Comics, Timely, etc. et des super-héros en tout genre. Timely présente ainsi Namor de Bill Everett ou Human Torch de Carl Burgos ; All-American Comics, fondé par Max Gaines en 1939, publie les aventures de Flash de Gardner Fox au scénario et Harry Lampert au dessin, Green Lantern de Bill Finger au scénario et Martin Nodell au dessin et Wonder Woman de William Moulton Marston, etc. alors que DC dans le numéro 27 de Detective Comics fait paraître les premières aventures de Batman, créé par Bob Kane et Bill Finger.

15l.jpg Les comic strips

Si la bande dessinée américaine se développe dans le nouveau format du comic book, elle reste toujours aussi importante dans le format du comic strip. En effet, de nombreuses séries voient le jour pendant cette période d'avant-guerre. Parmi celles-ci se trouvent Le Fantôme (The Phantom) de Lee Falk, qui commence à être publié en 1936, et Prince Vaillant de Hal Foster en 1937. En juin 1940 paraît la première histoire du Spirit, de Will Eisner, dans un supplément de seize pages à un journal. Dans un autre genre, celui de l'humour « intellectuel », Walt Kelly propose Pogo. Les strips les plus appréciés sont diffusés dans des centaines de journaux et sont lus par des dizaines de millions de personnes

Des héros patriotes

15g.jpg Jack Kirby, co-créateur de Captain America

capture14-29.jpgDans le flot de personnages de comic book, un super-héros s'impose par son originalité. Captain America, créé par Joe Simon et Jack Kirby, apparaît en décembre 1940 et se fait immédiatement remarquer. L'ennemi n'est plus un quelconque savant fou ou un génie du mal, mais Adolf Hitler et ses sbires. La couverture du numéro 1 montre d'ailleurs Captain America donner un coup de poing au Führer. Bien qu'il ne soit pas le premier super-héros patriote, puisqu'il a été devancé par The Shield édité par MLJ (la date sur la couverture est janvier 1940), Captain America est celui qui va lancer ce type de personnage Martin Goodman, éditeur de Timely, voyant le succès du comics, publie rapidement les aventures de nouveaux personnages semblables, USAgent, puis Bucky. L'assistant de Captain America va avoir son propre comic book dans lequel il est allié à Toro, l'assistant de Human Torch et de jeunes sans pouvoir mais prêts à lutter contre le nazisme. D'autres éditeurs profitent du filon et de nombreux ersatz de Captain America apparaissent ; Kirby et Simon créent ainsi pour DC Comics The boys commando. Ce succès va s'accentuer avec l'entrée en guerre des États-Unis mais il s'achève dans l'immédiat après-guerre quand tous ces héros patriotiques perdent leurs adversaires : les nazis et les Japonais.

Les débuts de la guerre froide

Le contenu des comics évolue aussi avec le début de la guerre froide. Si l'immédiat après guerre propose des messages optimistes d'un monde pacifié, rapidement le conflit larvé entre les États-Unis et l'URSS trouve des échos dans les comics et le début de la guerre de Corée généralise le message anticommuniste. Si les comics de super-héros ignorent le plus souvent cette guerre, en revanche les comics de guerre trouvent un sujet parfait pour augmenter les ventes. Le message tient le plus souvent de la propagande (comme le montrent par exemple la série G.I. Joe), bien que certaines œuvres se veuillent plus réfléchies comme les comics Two-Fisted Tales et Frontline Combat dont Harvey Kurtzman est le rédacteur en chef chez EC Comics. Cependant, quel que soit le message qu'ils délivrent, ces comics ne sont pas appréciés des associations familiales. D'une façon générale, ils sont jugés trop violents. De plus, s'ils sont trop réalistes, ils risquent d'amener les jeunes lecteurs à critiquer la guerre de Corée, s'ils sont trop idéalistes ils font passer la guerre pour un jeu. La période de la guerre froide n'est pas favorable aux comics car le Bien et le Mal ne sont pas aussi identifiables qu'à l'époque de la guerre contre le nazisme. Le choix est d'ignorer les changements de la société (ce que font les comics de super-héros qui présentent des personnages le plus souvent dans un monde insouciant) ou de les représenter au risque de subir les foudres des critiques bien-pensantes. Une autre option existe qui est d'opposer des super-héros et des super-vilains communistes, mais celle-ci conduit toujours à un échec  

Le Comics Code

Dès que les comics ont touché des millions de lecteurs, pour l'essentiel des enfants et des adolescents, des parents et des associations se sont inquiétés de l'influence de ce nouveau média sur la psychologie et le comportement des plus jeunes. Rapidement, il a été critiqué pour de nombreux motifs : les super-héros donneraient de fausses représentations de la réalité physique, les relations entre les héros et leurs assistants seraient troubles et suggéreraient des penchants homosexuels, la vision de crimes et de monstres perturberaient les esprits fragiles des enfants, etc. Ces attaques prennent parfois des expressions violentes telles que des autodafés de comics.

En 1954, la critique prend de nouvelles forces lorsque le psychiatre Fredric Wertham, dans son livre Seduction of the Innocent dresse un tableau catastrophiste de la lecture des comics en les liant au phénomène de délinquance juvénile. Repris dans des magazines, le rejet des comics prend de l'ampleur au point qu'une commission sénatoriale est créée pour juger de cette question. Fredric Wertham et William Gaines sont entendus et il apparaît que la prestation de Gaines n'a pas convaincu les membres de la commission. Aussi, pour empêcher la création d'un organisme de censure officiel, William Gaines propose-t-il aux autres éditeurs de se réunir et de financer une recherche universitaire dont le but serait d'évaluer sérieusement les méfaits supposés des comics.

Cette réunion débouche finalement, au grand dam de Gaines, sur la décision de financer un organisme, la Comics Code Authority ou CCA, qui éditerait un code listant ce qui est tolérable dans un comics et qui apposerait un sceau sur les comics acceptés. Cette décision va dans le sens des recommandations des sénateurs qui, dans leur rapport final signé par Estes Kefauver, refusent la promulgation d'une loi permettant la censure des comics mais invitent les éditeurs à réguler les publications. Les éditeurs n'ont pas l'obligation de présenter leurs comics à cette institution mais ne pas avoir le sceau de la CCA condamne de nombreux comics, qui ne sont même pas sortis des cartons par les marchands de journaux. Finalement ce sont vingt-six éditeurs (dont DC Comics, Atlas, Archie Comics, qui s'engagent à respecter le code).

Ce n'est pas le cas pour EC Comics qui dès lors voit ses ventes chuter de 90 %. En désespoir de cause Max Gaines tente de produire de nouveaux comics acceptés par la CCA, mais il est contraint de cesser la publication de ses œuvres ; seul le périodique Mad échappe à l'arrêt définitif. En effet, il n'est pas soumis à la censure du comics code car il n'est plus un comics : Mad a en effet troqué ce format pour celui de magazine. En revanche, certains éditeurs parviennent sans difficulté à vendre leurs comics sans se soucier du Comics Code. C'est le cas notamment pour Dell Comics qui est le plus important éditeur de comics (certains d'entre eux se vendent à près de trois millions d'exemplaires). D'une part, ses séries, qu'il s'agisse de celles consacrées aux personnages de dessins animés ou celles qui adaptent des films de cow-boys, s'adressent aux enfants et ne proposent rien qui puisse choquer ces lecteurs ou leurs parents ; d'autre part Dell affirme, par un insert dans ses comics, qu'il « élimine entièrement, plutôt que de le réguler, tout matériel choquant ». Classics Illustrated refuse le sceau du comics code pour les mêmes raisons.

Le retour des super-héros avec DC et Marvel

Après l'instauration du comics code, les attaques contre les comics s'estompent même si Fredric Wertham considère que la création de cet organisme est insuffisante. Les séries les plus horribles et les plus violentes ont disparu des kiosques mais on trouve toujours des westerns, des super-héros, des séries pour les plus jeunes, etc. Le renouveau des comics de super-héros a lieu en septembre 1956 avec la parution du no 4 du comic book Showcase qui marque le début de l'âge d'argent des comics. Dans ce comics, édité par DC Comics est recréé le personnage de Flash par les scénaristes Robert Kanigher et John Broome et le dessinateur Carmine Infantino sur une idée du rédacteur en chef Julius Schwartz. Par la suite, toujours dans ce même comic book sont créés d'autres personnages qui gagnent leurs propres séries, ce qui lance définitivement l'âge d'argent. C'est le cas des Challengers of the Unknown de Dave Wood et Jack Kirby (Showcase 6), de Loïs Lane (Showcase 9), de Green Lantern de John Broome et Gil Kane (Showcase 22), etc. Comme lors de l'âge d'or, ces super-héros partagent un univers commun et se rencontrent, ce qui aboutit en février 1960 à la création de la Ligue de justice d'Amérique dans le comic book The Brave and the Bold no 28 en mars 1960. Les aventures de cette équipe sont ensuite présentées dans le comics éponyme dont le premier numéro, écrit par Gardner Fox et dessiné par Mike Sekowsky sort en octobre 1960.

capture15-28.jpgStan Lee en 1973

Ce comic book est celui qui connaît les meilleures ventes et cela donne l'idée à Martin Goodman, le propriétaire de Atlas, de lancer aussi une série de super-héros. Il demande à son neveu, Stan Lee, scénariste et rédacteur en chef chez Atlas, de créer un comic book mettant en scène un groupe de super-héros. Stan Lee, qui, songeait à démissionner de son poste, accepte mais il choisit de mêler aux scènes de combat des moments présentant les relations entre les personnages. Il crée donc les Quatre fantastiques en août 1961 avec le dessinateur Jack Kirby qui participe aussi à l'élaboration de l'intrigue. Le succès est au rendez-vous et Atlas, qui devient bientôt Marvel Comics, publie de nombreuses autres séries de super-héros ou apparentés. Surgissent ainsi Hulk en mai 1962 (Lee et Kirby), Thor en août 1962 (Lee et Kirby), Spider-Man en août 1962 (Lee et Steve Ditko), Iron Man en mars 1963 (Lee et Don Heck), les X-Men et les Vengeurs tous deux en septembre 1963 (Lee et Kirby), Daredevil en avril 1964 (Lee et Bill Everett), etc. Le succès de ces séries fait de Marvel la première maison d'édition devant DC.

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Pour retrouver la voie du succès, DC nomme Carmine Infantino directeur de la publication en 1968. La politique éditoriale de celui-ci est de donner plus de liberté aux artistes. Ce faisant, DC retrouve l'éclat qu'elle avait perdu, même si Marvel domine toujours le marché. Ainsi, Carmine Infantino engage Neal Adams qui devient le dessinateur vedette de DC. Neal Adams et Infantino créent Deadman, puis Adams reprend le personnage de Batman et en fait un personnage plus sombre. Cet aspect de Batman est par la suite maintenu par Dick Giordano qui succède à Adams. Par ailleurs Infantino engage Steve Ditko qui crée Le Creeper et Hawk and Dove en 1968.

DC et Marvel dominent peu à peu le marché des comics mais cela ne signifie pas la disparition des autres maisons d'éditions. Gold Key, Dell Comics, Gilberton Publications, Harvey Comics ou encore Charlton Comics sont des éditeurs qui attirent toujours des lecteurs, le plus souvent en ne cherchant pas à publier des comics de super-héros mais en développant d'autres genres. Ainsi Gold Key, maison d'édition appartenant à Western Publishing distribue les aventures des héros Disney, publiés précédemment par Dell, et des adaptations de séries télévisées. Dell après la rupture de l'accord avec Western Publishing pour des raisons financières, publie ses propres comics dont de nombreuses adaptations de séries télévisées. Gilberton édite des adaptations de romans célèbres, Harvey vise le lectorat le plus jeune avec des titres comme Casper le gentil fantôme ou Richie Rich En revanche Charlton tente de suivre le mouvement lancé par DC et Marvel mais avec moins de succès. Ainsi, cet éditeur publie Blue Beetle racheté à la Fox Features Syndicate, The Question créé par Steve Ditko, Judomaster, Captain Atom, etc.

L'influence de la guerre froide

Après la disparition des comics qui mettaient le plus en cause la société américaine (dont l'action en Corée), les séries des années 1960 reprennent le discours anti-communiste qui domine alors dans le pays. Ainsi Thor ou Hulk combattent souvent des super-vilains communistes. Cependant, le récit de ces luttes ne s'attarde pas sur la réalité de la guerre froide. Les ennemis des héros sont communistes car l'ennemi de la nation est le communisme sans qu'il soit nécessaire de développer les raisons de l'animosité du vilain contre le héros. Les causes des dissensions entre les États-Unis et l'URSS ne sont pas abordées car ce qui importe est d'avoir un ennemi intéressant et des scènes de combat qui plaisent aux lecteurs. En effet,ce sont les attentes des lecteurs qui conduisent la stratégie des éditeurs et ceux-ci sont, pour cela, attentifs aux évolutions de la société et tentent d'attirer les adolescents en reprenant les sujets qui les intéressent, même si cela se fait de façon voilée. Ainsi le Docteur Strange quittant son corps pour voyager dans d'autres plans de l'existence peut être mis en relation avec les trips provoqués par l'usage des drogues tel qu'il se développe sur les campus américains.

Les magazines

D'autres éditeurs, sans choisir les voies de la contre-culture, veulent publier des œuvres plus adultes que celles présentes dans les comic books et publient des magazines, ce qui leur évite la censure du Comics Code. EC Comics continue de publier Mad qui connaît un très grand succès malgré le remplacement de Harvey Kurtzman par Al Feldstein en 1955. Mad en 1964 est racheté par DC Comics mais Bill Gaines et Al Feldstein continuent d'occuper les fonctions qu'ils avaient avant la vente et l'identité du magazine ne change pas. Mad connaît de nombreux imitateurs dont le magazine Cracked pour lequel officie John Severin. Enfin Warren Publishing publie le magazine humoristique Help dont le rédacteur en chef est Harvey Kurtzman puis, à partir de la fin 1964, les magazines d'horreur Creepy, Eerie et Vampirella en septembre 1969 pour lesquels travaillent de nombreux artistes employés auparavant par EC comme George Evans, Wally Wood, Joe Orlando, mais aussi de jeunes auteurs comme Richard Corben ou Archie Goodwin.

Âge de bronze 

Parmi les dates le plus souvent retenues pour marquer le début de l'« âge de bronze » on trouve celle de mai-juillet 1971 qui correspond à trois numéros de Amazing Spider-Man publiés sans le sceau du Comics Code, afin de pouvoir évoquer les dangers de la drogue. Cette initiative conduit à adopter une réécriture du Comics Code, qui autorise désormais la mention de drogues si celles-ci sont présentées sous un aspect négatif. Une autre date proposée parfois comme instaurant l'« âge de bronze » est celle de l'arrivée de Jack Kirby chez DC où il crée, seul, Le Quatrième Monde. Enfin une dernière date est parfois préférée. C'est celle de juin 1973 car cette année-là Gwen Stacy, la fiancée de Peter Parker meurt dans le no 121 de The Amazing Spider-Man. Ce décès ancre le monde des super-héros dans la réalité car, dorénavant, des évènements importants peuvent survenir qui changent la vie des personnages. L'une des caractéristiques de cet « âge de bronze » est en effet le réalisme qui s'impose.

Cette évolution du contenu des comics est à mettre en relation avec les changements de la société américaine. Ainsi, les super-héros venant des minorités ethniques, bien qu'ils existent depuis un certain temps déjà, sont plus nombreux et mieux mis en valeur La remise en cause de l'autorité se reflète dans les comics : Captain America change de nom pour devenir Nomad après la découverte d'un scandale semblable à celui du Watergate et Green Lantern s'allie à Green Arrow pour un voyage dans une Amérique raciste, sexiste et destructrice de la nature. Le monde des comics est alors plus complexe et plus sombre.

capture16-29.jpg Chris Claremont, scénariste qui fit des X-Men une série à succès.

Les ventes de comics durant cette période diminuent mais certaines séries résistent, comme Superman ou Batman, qui bénéficient d'une base de lecteurs fidèles. De nouvelles séries s'imposent car elles bénéficient de la présence de jeunes auteurs talentueux. C'est le cas des X-Men de Chris Claremont et John Byrne, recréés en 1975. Ils font partie de la nouvelle vague d'auteurs qui arrivent dans les années 1970 parmi lesquels on trouve notamment comme scénaristes Dennis O'Neil, Len Wein, Marv Wolfman, et comme dessinateurs Dave Cockrum, Michael Wm. Kaluta, Jim Starlin, etc.

De nouveaux genres

Dans les années 1970, de nouveaux genres apparaissent sur les stands comme l'heroic fantasy, l'horreur ou le kung fu. L'heroïc fantasy est représentée par des titres comme Conan de Roy Thomas et Barry Windsor-Smith édité par Marvel. Les comics d'horreur, autorisés après la refonte du Comics Code sont incarnés chez Marvel par Tomb of Dracula et, chez DC, par House of Secrets dans lequel apparaît Swamp Thing. Enfin on trouve aussi des comics mettant en scène des personnages maîtres du kung fu comme Shang-Chi créé par Steve Englehart et Jim Starlin, pour Marvel, en décembre 1973.

Les années 1970 marquent aussi l'apparition du premier crossover entre deux maisons d'édition. En 1975, DC et Marvel publient conjointement une adaptation du Magicien d'Oz et l'année d'après elles publient une aventure mettant en présence Superman et Spider-Man. Ce type de rencontres se renouvelle souvent par la suite.

De nouveaux formats

Durant ces années 1970 deux nouveaux formats sont créés : la mini-série qui est un ensemble de comic books racontant une histoire complète en quelques numéros et le roman graphique ( graphic novel) dans lequel on trouve une histoire complète. La première mini-série,The World of Krypton, date de 1979 et est publiée par DC Comics.T

L'origine du roman graphique est plus difficile à cerner, car plusieurs titres se disputent l'honneur d'être le premier publié sous cette forme. En 1971, Archie Goodwin et Gil Kane produisent Blackmark un album de 119 pages qui rétrospectivement a été surnommé « le premier roman graphique américain ». En 1976, sort Bloodstar de Richard Corben qui se définit comme roman graphique sur la couverture. Enfin en 1978 est publié par Eclipse Comics, Sabre: Slow Fade of an Endangered Species de Don McGregor et Paul Gulacy qui est le premier roman graphique destiné uniquement aux magasins spécialisés de comics. Ce format se développe peu à peu et sert ensuite à désigner aussi des compilations d'épisodes de comics.

Les métamorphoses de l'écriture

capture17-27.jpg Art Spiegelman : l'auteur de Maus

Trois comics, tous publiés par DC Comics, sont généralement nommés comme point de départ de l'« âge moderne » de la bande dessinée américaine. Il s'agit de Crisis on Infinite Earths de Marv Wolfman et George Perez, édité en 1985 et qui permet la recréation de l'univers DC. Les origines des super-héros sont réécrites et adaptées au monde contemporain. En 1986, deux autres mini-séries donnent le ton de cet âge moderne : The Dark Knight Returns de Frank Miller et Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons. Les thèmes sont plus adultes, puisque sont évoquées la sexualité et la drogue, et la violence est plus visible que dans un comics classique. Swamp Thing d'Alan Moore, édité par DC, avait déjà montré la voie et n'était plus soumis au comics code depuis le numéro 29 d'octobre 1984. Par la suite, ce type de récits se développe avec des comics tels que Hellblazer ou Sandman de Neil Gaiman. D'ailleurs, à partir de 1987, ces comics portent sur leurs couvertures l'avertissement « For Mature Readers ». Cela aboutit, en 1993, à la création d'une collection au sein de DC Comics nommée Vertigo.

Produire des contenus plus adultes n'est pas sans danger et, en 1986, des associations, des journalistes et des politiciens s'en prennent aux comics. Cela aboutit à la mise en place d'une classification par âge chez DC et par l'assurance, chez Marvel, que les règles du CCA sont bien observées. Cela va aussi conduire à la mise en accusation d'un propriétaire de magasin de comics pour vente de produits pornographiques. Il est innocenté en 1989 mais les menaces contre la liberté d'expression amènent la création, en 1987, du Comic Book Legal Defense Fond, organisme ayant pour but d'aider financièrement les personnes travaillant dans l'industrie du comics qui seraient poursuivies.

1986 est par ailleurs une date importante dans l'histoire des comics car cette année là paraît le premier tome de Maus (intitulé Maus: A Survivor's Tale) d'Art Spiegelman que celui-ci avait pré-publié dans sa revue RAW. Le second tome Maus: from Mauschwitz to the Catskills vaut à l'auteur un prix Pulitzer spécial en 1992.

Un monde d'images

Jusqu'au milieu des années 1980, le lectorat des comics s'érode et les ventes, peu à peu, diminuent mais celles-ci vont de nouveau augmenter grâce à la conjugaison de plusieurs éléments. Tout d'abord une nouvelle génération d'artistes arrive et plus précisément chez Marvel Comics : Todd McFarlane, Jim Lee, Rob Liefeld, Marc Silvestri, Jim Valentino, et quelques autres sont chargés de prendre en main des héros importants tels que les X-Men ou Spider man. Les ventes des séries s'envolent : le premier numéro de Spider-Man par McFarlane se vend à trois millions d'exemplaires, X-Force no 1 à cinq millions et X-Men no 1 à huit millions. De plus, une bulle spéculative se développe car des acheteurs font le pari d'une revente à un prix élevé de numéros exceptionnels (numéro 1, évènement marquant, etc.). Les éditeurs profitent de cet engouement et l'encouragent en multipliant les séries et les numéros spéciaux. Ils créent aussi des couvertures originales (embossage, découpes, encre phosphorescente, etc.) qui sont supposées donner de la valeur à n'importe quel comics. De nouvelles maisons d'éditions vont tenter de suivre le mouvement : Valiant Comics devient la troisième maison d'édition derrière Marvel et DC alors que Image Comics, fondée en 1992 par les vedettes de Marvel (Rob Liefeld, Erik Larsen, Jim Valentino, Todd McFarlane, Marc Silvestri et Jim Lee), cherche à imposer de nouvelles séries de super-héros.

Crise et renaissance

En 1993, la bulle spéculative éclate car les acheteurs comprennent que des comics vendus à des millions d'exemplaires ne peuvent acquérir rapidement une valeur importante. Les spéculateurs quittent le marché des comics et cela entraîne une crise importante qui touche tous les types d'entreprises liées au secteur des comics. Le nombre des magasins de comics s'effondre et, en 1996, il passe de 10 000 à 4 000. Les entreprises de distribution disparaissent et en 1994 il n'en reste qu'une : Diamond Comic Distributor. De nombreux éditeurs disparaissent dont Valiant Comics qui est racheté, en 1994. En 1996, Marvel Comics est au bord de la faillite et doit demander sa mise sous protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites des États-Unis Image, de son côté, est menacé d'implosion quand deux de ses fondateurs quittent l'entreprise : Rob Liefeld devient auto-éditeur en 1997 et Jim Lee part avec ses créations pour DC Comics. Après cette crise générale les ventes reviennent au niveau des années 1980 et, en janvier 1998, Uncanny X-Men ne se vend plus qu'à 154 000 exemplaires.

Pour retrouver un lectorat fidèle, les éditeurs commencent à porter de nouveau une attention plus importante au scénario. Les récits sont complexes et s'attachent davantage aux personnages et pas seulement aux combats. En outre, des scénaristes de cinéma, de télévision ou des romanciers sont appelés pour écrire des scénarios de comics : Kevin Smith scénarise les aventures de Green Arrow pour DC alors que Joss Whedon poursuit le récit des aventures de Buffy contre les vampires, etc. Les scénarios se complexifient, les récits sont plus réalistes et la psychologie des personnages est mieux développée.

Ces évolutions dans le monde imaginaire des comics ont pu être rapprochées des crises subies par l'Amérique après la chute du bloc communiste, principalement celle liée aux attentats du 11 septembre 2001. Le traumatisme subi par les Américains à cause de ces attaques trouve un écho dans la psychologie des super-héros. Contrairement aux personnages publiés durant la Seconde Guerre mondiale, ceux que l'on trouve dans les comics des années 2000 ne portent pas un discours simpliste sur la situation internationale, ils ont une parole mesurée sans racisme. Ils apportent aussi un message d'espoir car malgré le choc subi, et comme ce fut déjà le cas lors du traumatisme éprouvé lors de l'évènement qui les fait devenir des héros, ils dépassent cette angoisse et partent combattre le Mal. Néanmoins, la lutte n'est pas aussi claire qu'elle l'était en 1940. Les difficultés de la politique extérieure des États-Unis et l'influence qu'elle a sur la société amènent les super-héros à s'interroger sur le bien-fondé de leurs actes. Les débats sur les limites à la liberté imposées par la lutte contre le terrorisme sont par exemple évoqués dans le crossover Civil War publié par Marvel.

La complexité des scénarios aboutit assez souvent à la mise en place d'une intrigue qui se développe dans plusieurs séries. Ainsi Batman : Knightfall est une histoire, publiée par DC Comics, qui compte vingt épisodes répartis sur quatre séries. Ces crossovers ont peu à peu tendance à devenir un évènement habituel et sont supposés transformer de façon importante l'univers des super-héros. Ainsi, DC produit régulièrement des Crisis : Identity Crisis en 2004, Infinite Crisis en 2005-2006, Final Crisis en 2008. En 2011, le crossover Flashpoint amène la recréation complète de l'univers DC. Toutes les séries recommencent avec un nouveau numéro 1. Cela a pour but d'attirer de nouveaux lecteurs qui hésiteraient à acheter une série si ancienne qu'il est difficile de comprendre tout de suite quelles sont les motivations des personnages

Les autres formats

Les comic strips, comme les comic books, perdent des lecteurs. Ils occupent moins de place dans les journaux et de moins en moins de quotidiens en publient. Il existe cependant des strips qui connaissent un très grand succès comme Calvin et Hobbes de Bill Watterson ou Garfield de Jim Davis. Ces strips connaissent par la suite une réimpression en albums, comme cela se fait en Europe, et peuvent se vendre à des millions d'exemplaires. Ainsi, le monde des comic strips évolue peu, et ce sont des créations originales et touchant un très grand nombre de personnes qui en font une forme d'expression d'une grande vitalité.

Depuis les années 1980, un nouveau mode de diffusion de bandes dessinées est disponible. Grâce aux réseaux électroniques, des auteurs publient leurs œuvres sous forme de webcomics. Eric Millikin est le premier à proposer ainsi ses créations grâce à un réseau informatique, en l'occurrence CompuServe avec, en 1985, Witches and Stitches. Depuis, de nombreux artistes choisissent de diffuser leurs créations grâce à Internet et par la suite éditent parfois leurs œuvres au format papier. En sens inverse, les éditeurs de comics diffusent maintenant les œuvres papier sur Internet comme Marvel, Top Cow, Boom, etc.

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