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 WHERE IS EVERYBODY

 « Sommes-nous la seule civilisation intelligente et technologiquement avancée de l'Univers ? »

b3.jpg Enrico Fermi dans les années 1940

Débats autour du paradoxe

Après la redécouverte du paradoxe de Fermi par Sagan et Hart, une abondante littérature apparaît, au croisement des domaines de l'astrophysique, de la xénobiologie, de la statistique mais aussi de la philosophie et de la science-fiction.

Dans un article de 1983, de Stanislas Lem en 1977, Glen David Brin nomme le résultat du paradoxe de Fermi « Great silence » (« Grand silence »). Il distingue deux groupes d'auteurs : ceux qui croient en l'existence de solutions expliquant la vie extraterrestre (« Contact optimists »), et ceux qui pensent que la Terre est unique dans l'univers (partisans de l'« Uniqueness Hypothesis ») ; l'ensemble forme le champ disciplinaire de la « xénologie ». Ian Mac Leod dans New Light on the Drake Equation (2001) examine comment l'équation de Drake a redéfini le paradoxe de Fermi, et en quoi la littérature de l'imaginaire a produit des solutions intéressantes. Where Is Everybody ? Fifty Solutions to the Fermi Paradox and the Problem of Extraterrestrial Life (2002) de Stephen Webb examine en détail les solutions envisagées, et l'état du savoir pour chacune d'elles. Les exobiologistes Mat Coward dans The Second Question (2001), Gerrit L. Verschuur dans We Are Alone ! (1975) et Michael H. Hart dans son article Atmospheric Evolution and an Analysis of the Drake Equation (1981) examinent eux aussi plus en détails le paradoxe..

Paradoxe ou problème ?

capture09-29.jpg Le système solaire est-il unique dans l'univers ?

Les astronomes Thomas Kuiper et Mark Morris expliquent en 1977 que si les voyages interstellaires sont possibles, alors une alternative existe ; ils en déduisent que : soit les civilisations technologiques à longue durée de vie sont rares, soit il y a plusieurs civilisations et, donc, la galaxie est déjà explorée ou colonisée. Trois scénarios expliquant l'absence de contact sont probables selon eux : la Terre a été préservée depuis toujours, la technologie extraterrestre a évolué jusqu'au point où elle ne nécessite plus de bases planétaires et enfin la biologie terrestre est incompatible ou même hostile à ces formes de vie. Michael D. Papagiannis dans Are We Alone, or Could They Be in the Asteroid Belt? (1978) affirme également que les extraterrestres demeurent dissimulés dans la ceinture d'astéroïdes du système solaire, sans interférer avec notre civilisation.

Michael Hart et l'astronome Ben Zuckerman ont organisé en 1979 une conférence à l'université du Maryland à l'issue de laquelle ils concluent que les voyages interstellaires sont possibles, bien que difficiles à effectuer, et que la colonisation n'a pu commencer que depuis quelques millions d'années seulement. Le physicien Frank Tipler avance en 1981 que même si une civilisation ne cherche pas à envahir la galaxie, il serait étonnant qu'aucune sonde de von Neumann ne soit lancée. Il en déduit que l'espèce humaine est la plus évoluée de toutes dans les environs du système solaire (solution dénommée « Tipler's Argument »). Le sénateur William Proxmire a utilisé cet argument à la fin des années 1980 pour tenter de mettre fin au programme SETI. L'argument avancé par Tipler a toutefois été contredit par Carl Sagan et William Newman en 1983.

Un paradoxe véritable

Le paradoxe formulé en 1950 par Fermi peut être résumé par la formule, souvent citée dans la littérature spécialisée : « Where is everybody ? » Toutefois, il ne s'agirait pas d'un véritable paradoxe. Selon John Mauldin, « L'une ou l'autre des prémisses du dilemme de Fermi est en jeu », sous-entendu : elle est à revoir. Le sociologue et diplomate américain Michael Michaud rappelle que le paradoxe dépend des observations réalisées : une seule détection d'une civilisation extraterrestre et il s'effondre. Selon Stephen Webb, ce dont on a besoin pour expliquer le paradoxe de Fermi est un mécanisme qui peut affecter la vie sur chaque planète de la galaxie, sans exception. S'il existe un tel mécanisme capable de stériliser toute une planète, et même si sa fréquence est invariable mais de l'ordre de quelques centaines de millions d'années, alors il est résolu.

Pour Pierre Lagrange, la véritable interrogation au cœur du paradoxe devrait être : « Pourrions-nous seulement espérer communiquer avec une civilisation qui serait « en avance » sur la nôtre de quelques millions d’années ? » Elle serait « la seule [des hypothèses] qui prenne au sérieux le paradoxe de Fermi », conduisant ainsi à atteindre « une sorte de limite où le beau programme enclenché par Copernic tourne au cauchemar métaphysique. » Pour Milan M. Ćirković, le paradoxe de Fermi se présente comme le paradoxe d'Olbers, dans le sens où ce dernier peut être résolu par une explication simple (la lumière n'a pas le temps d'établir un équilibre thermodynamique avec l'espace interstellaire glacé). Il suggère que le paradoxe de Fermi puisse être, lui aussi, résolu de manière simple, en principe par l'âge fini de la population stellaire (et par l'hypothétique nombre des civilisations extraterrestres induit par ce fait), et qui correspondrait à la classe des hypothèses dite de la « Terre rare ».

Un problème à préciser

Des auteurs y voient davantage un problème plutôt qu'un paradoxe. Selon les astronomes russes I. Bezsudnov et A. Snarskii, le problème repose sur le principe que toutes les civilisations se développent selon la même logique et par une constante identique, principe qui a été déduit du propre développement de l'humanité sur Terre. Le paradoxe s'apparente donc à un syllogisme. Ivan Almar et Jill Tarter pointent la faiblesse logique de la première prémisse : le paradoxe pose que les extraterrestres ne sont pas visibles mais l'humanité ne dispose d'aucun moyen de l'affirmer réellement. Ils pourraient être présents dans le système solaire sans qu'aucun moyen technique ne permette de les détecter. De même, le coordinateur du projet SETI Thomas McDonough rappelle qu'avant la découverte du microscope par Antoine van Leeuwenhoek, l'humanité ne soupçonnait pas l'existence d'une vie invisible à l'œil nu, qui n'en a pas déduit une formulation paradoxale pour autant.

Stephen Webb conclut qu'il n'existe pas de paradoxe de Fermi tant que les moyens d'investigation ne se sont pas d'abord orientés vers la recherche d'une présence extraterrestre dans le système solaire. Les astronomes russes L. M. Gindilis et G. M. Rudnitskii concluent eux aussi que le paradoxe est caduc et qu'il est davantage un outil « astrosociologique » destiné à stimuler des débats et des recherches. Ils rebaptisent le paradoxe de Fermi l'« Astrosociologique Paradoxe » (ASP). Selon l'ingénieur Krafft Ehricke, le problème concerne avant tout des données scientifiques, et la question de Fermi devrait être reformulée ainsi : « Où sont les étoiles tardives de type F et où sont les étoiles précoces de type G? »

Selon Pierre Lagrange, le problème du paradoxe de Fermi, « c’est que les solutions imaginées partent du principe que si des extraterrestres étaient proches nous devrions automatiquement les voir. Cela revient à prendre au sérieux comme modèles de contact les scénarios des séries B des années cinquante comme Le Jour où la Terre s'arrêta et à oublier deux très bonnes raisons de penser autrement. La première concerne la difficulté à « voir » les faits en science, le second notre capacité à comprendre une forme d’intelligence profondément étrangère à la nôtre. » Or, cet « argument de visibilité immédiate d’éventuels extraterrestres proches » est biaisé puisqu'« il revient à réduire la question de la recherche d’une manifestation dotée d’intelligence à l’observation d’un phénomène prévisible. » Selon Lagrange, les comportements intelligents sont difficilement prévisibles, comme l'a montré l'histoire de l'anthropologie ou celle des sciences. Pour Stephen Webb, une méthode inspirée de celle du crible d'Ératosthène combinée au rasoir d'Occam permettrait de résoudre le paradoxe. Il s'agit d'évaluer la probabilité de chaque solution retenue (huit selon Webb). Le résultat aboutit à annoncer que l'humanité est seule dans la galaxie, et certainement au sein de l'amas galactique local.

capture25-11.jpgNégation du paradoxe

Robert A. Freitas, du Xenology Research Institute, considère que le paradoxe n'en est pas un et parle de l'« invalidité formelle du paradoxe de Fermi, qui ne peut pas être exprimé dans une forme syllogistique paraissant acceptable ». Si A équivaut à l'existence des extraterrestres, B à leur présence aux alentours de la Terre, et C qu'ils sont visibles, la formulation est : « Si A, alors probablement B, si B alors probablement C, or C n'est pas donc B et A ne sont pas non plus ». Cette formulation est sémantiquement et syntaxiquement invalide car « probablement » est un opérateur logique imparfait et non mesurable par le calcul. Selon Freitas, il faudrait reformuler ainsi : « Si A alors probablement B, si probablement B alors probablement C, or probablement C n'est pas, donc le probablement B n'est pas, en conséquence A n'est pas ». La formulation est alors sémantiquement valide si et seulement s'il est possible d'affirmer que « probablement C n'est pas » est vraie. Mais la valeur de « probablement C n'est pas » est indéterminée par l'expérience, donc cette seconde formulation est sémantiquement invalide. Il en découle que le paradoxe de Fermi n'a aucune valeur probante formelleSelon Freitas, le paradoxe de Fermi n'en a que le nom ; il en caricature la logique en inventant le « paradoxe du lemming » : si la Terre était vide de toutes espèces sauf celle des lemmings, alors les lemmings devraient être partout. Cependant, la Terre est remplie d'autres espèces qui lui font concurrence et limitent leur développement. Si donc on n'observe pas de lemmings, c'est que la Terre abrite une abondance d'espèces qui luttent pour le contrôle des ressources.

Effet miroir

L'histoire de l'humanité forme le modèle de toutes les solutions au paradoxe de Fermi. En effet, des hypothèses et scénarios envisagés font œuvre d'anthropomorphisme. Michael Michaud montre que les extraterrestres sont représentés comme des humanoïdes, possédant une anatomie et une physionomie semblable à celle de l'homme, ainsi qu'une intelligence proche. Selon lui, pourtant, la probabilité de rencontrer des extraterrestres à forme humanoïde est très faible. De même, les intentions qui leur sont attribuées (bienveillante ou malveillante) caractérisent un « effet miroir systématique » (systematic mirror image). Les principes de non-ingérence et d'isolationnisme retenus dans certains scénarios dévoilent un mécanisme par lequel l'humanité projette ses propres mythes. Les scénarios sont par conséquent conditionnés par des représentations humaines. Comme le montre le sociologue Pierre Lagrange, la genèse du programme SETI, dans les années 1960 (à la suite de l'article fondateur de Cocconi et Morrison), reproduit l'idée que « l'histoire des civilisations se place sur une échelle graduée allant des civilisations moins évoluées à la nôtre, comme si toute civilisation en marche aboutissait forcément à (ou passait par) la nôtre. C’est faire peu de cas de la notion de diversité culturelle et de celle d’innovation. »

D'autres hypothèses utilisent les données scientifiques concernant l'humanité comme axiomes. Michael D. Papagiannis pointe le fait que les sociétés humaines se répartissent en deux groupes : celles qui explorent et celles qui au contraire n'ont aucune ambition d'expansion spatiale. Selon lui, il pourrait en être de même en ce qui concerne les civilisations extraterrestres, l'hypothèse du second groupe étant peu envisagée parmi les solutions du paradoxe de Fermi. Michael Huang estime que pour chaque solution envisagée au paradoxe de Fermi, les auteurs imaginent simultanément l'évolution similaire de l'humanité. L'analogie avec l'homme (Human Analogy) est utilisée par des auteurs et elle permet, donc, de penser la logique du développement biologique et civilisationnel. À partir de cet argument, Peter Schenkel a montré que l'hypothèse d'une auto-extinction est peu plausible.

Croisement avec l'équation de Drake

L'équation théorisée par l'astronome Frank Drake en 1961 est systématiquement, dans la littérature spécialisée, associée au paradoxe de Fermi. Stephen Webb considère que ce paradoxe, conjugué à l'équation de Drake, permet de conclure que la civilisation humaine est très probablement la seule dans la galaxie. Il note toutefois que cette conclusion ne dépend que des faibles valeurs affectées à certaines variables de l'équation seulement. Selon I. Bezsudnov et A. Snarskii, l'équation de Drake produit non des probabilités mais bien plutôt des « improbabilités ». Les auteurs considèrent que, si elle contient de nombreux facteurs, elle en oublie d'autres qui restent à définir plus finement.

Beaucoup d'articles scientifiques ont précisé le calcul initié par Drake, et ce avant l'étude de Bezsudnov et Snarskii. Freeman Dyson, le premier (dans Interstellar Transport, 1968), a par exemple ajouté un facteur estimant le coût et le temps nécessaires pour un voyage spatial (qu'il évalue à 200 années pour franchir quatre années-lumière). David Brin précise le facteur évaluant le nombre de sites où la vie extraterrestre peut spontanément apparaître. Martyn J. Fogg considère qu'une civilisation apparue précocement dans l'histoire de l'univers aurait déjà accompli son expansion dans la galaxie avant l'émergence, sur Terre, de la vie dans les océans ; il précise donc le facteur fl. Richard K. Obousy et Gerald Cleaver (The Fermi Paradox, Galactic Mass Extinctions and the Drake Equation, 2007) ajoutent un facteur à l'équation de Drake : si l'on considère que la colonisation nécessite un développement de 106 années, alors la probabilité qu'un événement cosmique destructeur, comme un sursaut de rayon gamma ou une hyper nova, est forte. Un tel événement survient en effet, statistiquement, toutes les 200 millions d'années. Selon les auteurs, toutes les civilisations sont condamnées à être anéanties par ces catastrophes cosmiques, avant qu'elles aient l'opportunité d'essaimer.

L'équation de Drake, croisée avec les hypothèses du paradoxe de Fermi, a fait l'objet de modifications statistiques afin d'en affiner la précision. Claudio Maccone a cherché à faire de l'équation de Drake un puissant outil statistique pour l'étude des solutions possibles au paradoxe de Fermi. Il note d'abord que l'équation oublie de nombreuses variables (comme par exemple la probabilité qu'une planète viable soit heurtée par un géocroiseur). Il suggère donc d'augmenter le nombre de variables afin d'affiner le calcul, opération qu'il nomme le Data Enrichment Principle. Recalculant l'équation, il aboutit à un nombre d'environ 4 590 civilisations potentielles dans la galaxie (contre 3 500 dénombrées par Drake). Cet outil lui permet également d'estimer la distance moyenne entre la Terre et une civilisation extraterrestre, qui est selon ses calculs entre 1 309 et 3 979 années-lumière.

Maccone croise ensuite son outil avec l'équation de Stephen H. Dole (1964), qui permet de calculer le nombre probable de planètes habitables par l'Homme dans la galaxie, estimée par ce dernier à environ 35 millions. Maccone aboutit plutôt à 300 millions de planètes habitables. Son outil lui permet enfin d'estimer le temps nécessaire à l'humanité pour coloniser la galaxie. S'appuyant sur le Coral Model of Galactic Colonization élaboré par Jeffrey O. Bennett et G. Seth Shostak en 2007, il estime qu'il faut deux millions d'années pour que l'humanité se répande dans la galaxie, à raison d'un voyage s'effectuant à 1 % de la vitesse de la lumière, et compte tenu d'un temps d'appropriation des planètes viables de 1 000 ans (les planètes habitables étant distancées les unes des autres d'environ 84 années-lumière). Étant donné la longévité de l'univers, Maccone conclut que le paradoxe de Fermi est résolu par son modèle statistique.

Apport écologiste : la solution durable

capture11-25.jpg Comme sur Terre, il peut exister dans l'espace des régions dissimulées à l'observation.

L'astrobiologiste Jacob D. Haqq-Misra et le géographe Seth D. Baum montrent que le paradoxe de Fermi est fondé sur l'observation de l'expansion humaine, or il existe des cultures non expansives (comme les Kung San du désert du Kalahari). Selon eux, la solution durable peut s'appliquer au paradoxe de Fermi, suivant l'idée que l'absence d'observations extraterrestres peut s'expliquer par la possibilité que la croissance exponentielle d'une civilisation n'est pas un modèle de développement soutenable. L'exploration de l'espace est en effet liée à la croissance de la population, à son impact environnemental et à l'appauvrissement des ressources. La croissance non soutenable n'entraîne pas forcément la disparition d'une espèce. Jacob D. Haqq-Misra et Seth D. Baum rappellent que l'histoire de l'île de Pâques illustre, en effet, que la destruction de l'environnement peut mettre un coup de frein au développement d'une culture, mais sans la faire disparaître (c'est le syndrome de l'île de Pâques). Ils reprennent le postulat de Sagan : étant donné la longévité de l'univers, il doit exister des civilisations extraterrestres ayant essaimé dans l'espace. Or, leur croissance insoutenable en a certainement limité l'expansion, ce qui explique qu'il n'y a aucune trace d'elles. Les mondes extraterrestres se limitent donc à des régions isolées qui demeurent dissimulées (ils nomment cette solution l'« hypothèse de la persistance ». De la même manière que sur Terre il existe encore des zones non explorées où des tribus peuvent vivre. Ils en concluent que les civilisations extraterrestres exponentiellement expansives ne peuvent exister.

Apport évolutionniste

La théorie de l'évolution a été utilisée pour préciser ou tester le paradoxe de Fermi et ses divers scénarios. Selon Adrian Kent, si une civilisation extraterrestre est capable de voyager sur des échelles interstellaires, et qu'elle a évolué dans de nombreux endroits, alors la sélection évolutive accélère son extinction. Kent pense de plus que de telles civilisations intelligentes refuseraient délibérément le contact, soit pour conserver la possibilité d'obtenir des ressources, soit par peur d'une guerre. Milan M. Ćirković rappelle qu'entre l'évolution de la vie sur Terre et celle apparues sur d'autres mondes dans la galaxie, il y a certainement un laps de temps important, de l'ordre de milliards d'années. S'appuyant sur le scénario de la nouvelle de science-fiction intitulée Permanence de Karl Schroeder, et considérant que la seule solution au paradoxe de Fermi est celle qui propose un juste milieu entre les effets catastrophistes et ceux gradualistes de l'évolution, menant à une sorte d'équilibre ponctué à l'échelle galactique, Ćirković suggère que l'adaptationnisme ne conduit pas forcément à l'intelligence évoluée.

Selon Conway Morris. L’évolution est convergente (hypothèse développementaliste) : aussi bien sur chaque planète que dans la galaxie entière. Au bout de plusieurs milliards d'années, des formes de vie intelligente devraient apparaître. L'évolution dans l'univers se comporte comme les gènes d'un organisme : l'évolution les pousse à s'adapter toujours davantage à l'environnement. Morris refuse cependant les théories de Darwin et de Gould et son hypothèse veut montrer qu'il existe un plan cosmique aux résonances religieuses.

Développements scientifiques récents

Selon Milan M. Ćirković, plusieurs découvertes scientifiques et avancées dans la connaissance de l'univers, ont permis de préciser certains points du paradoxe de Fermi. La détection d'exo planètes, depuis 1995, a conduit à repenser la notion d'habitabilité et a confirmé que la formation de systèmes solaires est un phénomène courant, voire banal. La connaissance de la composition chimique et de la dynamique de la galaxie, et en particulier de sa zone d'habitabilité, laissent à penser qu'il existe de nombreuses planètes viables plus anciennes que la Terre. La confirmation que la vie est apparue rapidement sur la Terre, la découverte d'espèces extrémophiles et l'amélioration du processus de la biogénèse, tendent à montrer que le règne du vivant est plus diversifié et plus présent dans la galaxie que prévu. L'évolution technologique (la loi de Moore surtout) humaine, constante, laisse entendre que toute civilisation suit cette démarche. Milan M. Ćirković considère cependant que ces découvertes et avancées ont compliqué le paradoxe de Fermi, qui se présente dorénavant comme un « puzzle ».

Les quatre découvertes du paradoxe de Fermi                                                                              

Selon Stephen Webb, le paradoxe de Fermi a été découvert quatre fois : par Tsiolkovski, Fermi, Viewing et Hart. Mais d'autres auteurs ont également posé la question : « Où sont-ils ? » Charles Fort évoque dès 1919 dans le Livre des damnés « un grand mystère » : « pourquoi ne sont-ils pas ici ? » Selon lui, l'humanité serait leur propriété. La Terre aurait été auparavant une planète sans hommes, théâtre de conflits entre civilisations extraterrestres. Un accord aurait fait de la Terre une zone neutre, actuelle possession d'une puissance galactique. Isaac Asimov, à la suite de l'article de Sagan, le mentionne dans son essai Our Lonely Planet de novembre 1958 publié dans Astounding.

Pour Michael Michaud, le Russe Constantin Tsiolkovski, père et théoricien de l'astronautique moderne, s'est posé la question de la présence des extraterrestres, et l'absence de preuves de leur existence, avant Fermi. Il suggère en 1934 dans son essai « There are also Planets Around Other Suns » que des civilisations extraterrestres certainement plus sages et plus anciennes que la nôtre existent certainement, mais qu'elles refusent d'interférer avec notre histoire pour ne pas nous pousser à la destruction. Une rencontre pourrait alors avoir lieu lorsque l'humanité serait plus avancée technologiquement et spirituellement. L'astronome John A. Ball dans The Zoo Hypothesis (1973), reprenant la thèse de Tsiolkovski, suggère que la Terre puisse être une sorte de réserve naturelle protégée par des puissances extraterrestres qui se refusent à y pénétrer.

Hypothèses majeures

capture12-25.jpg L'exploration du système solaire au moyen de sondes n'a pas permis à ce jour de découvrir des traces de vie.

Classements

Plusieurs hypothèses de résolution du paradoxe de Fermi existent. Les solutions vont de la plus pessimiste « il n'existe pas de civilisations extraterrestres » à la plus optimiste, dont celle formulée par Carl Sagan dès 1962 et selon laquelle les extraterrestres sont déjà dans le système solaire. Ces hypothèses favorables à la vie extraterrestre fournissent elles-mêmes quantité d'explications, qui vont de la disparition pour raison technologique ou épuisement des ressources, au choix de ne pas coloniser l'espace ou au contraire de s'y répandre, et enfin de ne pas entrer en contact avec l'humanité. Le facteur principal demeure le temps : le paradoxe de Fermi a en effet plus de chances d'être résolu si l'espérance de vie d'une civilisation moyenne est longue. Selon la formule de Freeman Dyson, « les distances interstellaires ne sont pas une barrière à des espèces qui disposent de millions d'années d'évolution ».

Selon Seth D. Baum, Jacob D. Haqq-Misra et Shawn D. Domagal-Goldman, on peut aussi classer les solutions possibles du paradoxe en préjugeant du comportement que les civilisations extraterrestres peuvent adopter envers l'humanité. Il y aurait donc trois comportements possibles : pacifique, neutre ou belliqueux. David Brin recense 24 solutions dans son article de 1985. En 1986, il affine son classement en s'appuyant sur chaque facteur de l'équation de Drake pour répertorier les solutions possibles alors que Milan M. Ćirković distingue trois réponses : les hypothèses catastrophistes, les hypothèses de la Terre rare et les hypothèses solipsistes. Stephen Webb dresse la liste de 50 solutions possibles dans son ouvrage Where Is Everybody ? (2002), classées en trois catégories pratiques : « Ils sont là », « Ils existent mais n'ont pas encore communiqué » et « Ils n'existent pas ». Il note que la première catégorie est la plus débattue, et la plus populaire aussi.

Les civilisations extraterrestres n'existent pas

Stephen Webb recense 19 solutions à cette réponse possible au paradoxe de Fermi. Il avance que les recherches de signaux extraterrestres des années 1960 à 2010, aussi bien celles pointant l'espace profond que celles écoutant le système solaire, n'ont rien détecté et ce fait seul prouve que les autres mondes n'existent pas. Cette classe de solutions, composée de cinq groupes d'hypothèses, n'imagine pas que des cultures extraterrestres aient pu exister puis disparaître mais elle postule que la vie intelligente est apparue seulement sur Terre (c'est l'« hypothèse de la Terre rare ») voir le chapitre la terre rare.

capture21-20.jpg La Terre, planète unique dans l'univers ?

Selon le biologiste de l'évolution Ernst Mayr, la vie doit suivre une dizaine d'étapes avant d'apparaître et de coloniser l'environnement. Mayr conclut que le nombre de facteurs (au nombre de huit), mais aussi le temps moyen nécessaire à l'apparition de la vie, est trop élevé pour penser que l'intelligence est un phénomène galactique répandu. Il est possible que la vie intelligente n'ait émergé que récemment, en particulier parce que son apparition est liée à la séquence principale de son étoile. Selon Mario Livio, l'étoile joue un rôle d'importance dans son émergence ; elle conditionne en effet le taux d'oxygène par la photodissociation de la vapeur d'eau ainsi que les niveaux d'oxygène et d'ozone dans l'atmosphère. Livio remarque que le temps nécessaire au développement de la couche d'ozone (qui permet à la vie de foisonner en la protégeant des rayons ultraviolets) est le même que celui nécessaire à l'apparition de la vie. Ce temps incompressible, ainsi que celui de la production cosmique de carbone, expliquent qu'il ne peut exister de civilisations plus anciennes que la nôtre. L'hypothèse de la « Terre boule de neige » , qui soutient que la quasi-totalité de la surface de la Terre était recouverte de glace pendant la glaciation Varanger, développée par le géologue Paul F. Hoffman, laisse à penser que la vie a eu besoin de ces conditions extrêmes. En effet, l'explosion cambrienne et l'apparition des cellules eucaryotes suivent cette période. Il semble que la tectonique des plaques soit également un facteur facilitateur. En plus de générer le champ magnétique terrestre, la tectonique promeut la biodiversité. Une planète n'ayant pas d'activité tectonique ne pourrait donc donner naissance à la vie.

Plusieurs autres hypothèses biologiques laissent à penser que la vie est un phénomène rare. Les recherches actuelles tendent à montrer que la genèse de l'ADN ne peut être un résultat du hasard. Cependant, la définition du vivant pose problème. La vie est un processus qui met en scène des cellules, qui possèdent un métabolisme, capables de reproduction et enfin qui évoluent, mais d'autres caractéristiques peuvent exister dans l'univers. Tant que la vie n'est pas mieux définie, et tant que « LUCA » (le dernier ancêtre commun universel) n'a pas été identifié, il n'est pas possible de déterminer si elle est un phénomène rare. Plus précisément, « s'il est prouvé que l'étape qui permet le passage de la chimie inorganique à l'ADN est un phénomène rare, alors nous résolvons le paradoxe de Fermi ». Le passage entre les procaryotes et les eucaryotes représente la question la plus centrale du problème. Il manque surtout un tertium comparationis, une autre forme de vie n'appartenant pas à la biosphère terrestre. C'est pourquoi l'exploration du système solaire à la recherche de traces biologiques est si importante : découvrir d'autres formes de vie, même microbiennes, permettrait de clore le débat.

Le principe anthropique                                                                                                                                

Selon le physicien Brandon Carter, l'humanité est unique dans l'univers. Il nomme cette théorie le « principe anthropique », idée qui peut se paraphraser ainsi : les lois de la physique sont nécessairement telles qu'elles permettent à la vie d'apparaître. Selon le philosophe William Lane Craig cependant, le principe anthropique n'est qu'un argument téléologique qui ne prouve rien. Depuis Carter, plusieurs variantes de sa théorie ont été formulées.

Le principe anthropique dit faible  exprime que la position de la Terre dans l'univers est nécessairement privilégiée au sens où elle doit être compatible avec l'existence d'une forme de vie évoluée, puisque nous sommes là pour l'observer. En d'autres mots, si l'univers avait été plus petit, la vie n'aurait pas eu la possibilité d'y apparaître.

Le principe anthropique dit fort exprime que l'univers doit avoir des lois et des paramètres fondamentaux tels que des êtres évolués puissent y apparaître à un certain moment, peut également être une explication au paradoxe de Fermi. À connotation religieuse, il postule une volonté ou une nécessité à l'origine de l'évolution de l'univers. Il introduit donc un dessein cosmique à l'origine de l'apparition de l'humanité.

Enfin, il existe le Final anthropic principle  du cosmologiste John Barrow et de Frank J. Tipler qui postule que la vie intelligente doit advenir et, une fois parvenue à l'existence, elle survit pour toujours, agrégeant toujours plus de connaissances, jusqu'à remodeler l'univers lui-même. Pour le mathématicien Martin Gardner, le FAP est une aberration logique, si bien qu'il l'a renommé ironiquement le Completely ridiculous anthropic principle (CRAP).

L'intelligence est rare

Si la vie peut exister, rien ne permet de dire qu'elle puisse atteindre un stade de développement suffisant pour être qualifiée d'intelligente ; c'est le scénario de l’hypothèse de l'intelligence rare. Le seul exemple connu est l'Homo sapiens. De fait, les espèces utilisant des outils sont peut-être rares dans l'univers. L'outil dépend de l'environnement, or une planète ne possédant pas de métal (ou très peu) ne permettrait pas à des êtres de développer des techniques et des pratiques. L'évolution technologique n'est peut être pas inévitable : rien ne prouve que le progrès scientifique est une loi sociétale. La galaxie pourrait abriter des civilisations ayant arrêté leurs développements au stade de la taille de la pierre ou du métal. Il est possible également que l'intelligence du niveau de celle de l'espèce humaine soit rare. Tout dépend de la définition de l'intelligence et de son évolution. Enfin, le langage peut aussi être une acquisition très rare, voire unique à l'humanité. Les recherches de Noam Chomsky montrent que la faculté linguistique est acquise et génétique, fruit d'une longue évolution dépendant elle-même de conditions environnementales que toutes les planètes ne pourraient avoir

Les civilisations extraterrestres existent mais n'ont pas encore communiqué

Stephen Webb recense 22 solutions à cette affirmation, qui peuvent être regroupées en quatre groupes. Comme le souligne ce dernier, cette classe de solutions repose sur le « principe de médiocrité » qui suppose que la Terre est une planète commune dans la galaxie, et qu'elle n'est donc pas unique. La faiblesse de ces solutions, en particulier celles à tendance sociologique, réside cependant dans le fait qu'elles présupposent que toutes les civilisations extraterrestres adoptent le même comportement. Ces scénarios appartiennent aux solutions néo-catastrophistes

Les voyages interstellaires sont difficiles                                                                                                               

Les moyens de quitter l'orbite terrestre, bien que nombreux dans la réalité (fusée chimique, statoréacteur, voile solaire, moteur ionique) ou hypothétiques (système anti gravité, moteur à tachyons ou transport dans l'hyperespace), ne pourraient pas permettre d'explorer d'autres étoiles selon Stephen Webb. Les arches spatiales (idée d'abord présentée par John Bernal en 1929 avec le vaisseau générationnel), les cylindres O'Neill et les habitats spatiaux sont limités par les grandes distances entre les planètes viables. Si les voyages interstellaires s'avèrent impossibles, alors, selon Stephen Webb, le paradoxe de Fermi est résolu. Deux solutions techniques et hypothétiques constituent toutefois les plus probables aux voyages interstellaires : le déplacement à une vitesse supérieure à celle de la lumière et le déplacement via des singularités spatiales (tube de Krasnikov ou trou de ver d'Alcubierre, bulle temporelle de Chris Van Den Broeck ou encore extraction de l'énergie du vide).

Il est possible également que les civilisations extraterrestres n'aient pas encore disposé du temps nécessaire pour atteindre la Terre. Cette solution est nommée « explication temporelle du paradoxe de Fermi » par John Hart. Il existe sur ce point plusieurs modèles de colonisation de la galaxie, de Sagan et Newmann à John Hart et Eric M. Jones, chacun se basant sur des variables et des facteurs spécifiques. Un modèle récent, celui de Geoffrey Landis publié en 2002, se fonde sur la théorie de la percolation. Il repose sur trois variables : la distance maximale pour établir une colonie (Landis considérant que seuls les voyages aux long cours sont possibles), le fait que chaque colonie, après un certain temps, développe sa propre culture (et donc sa propre vague de colonisation), et le fait enfin qu'une colonie ne puisse être établie sur une planète déjà colonisée. Le modèle de la percolation permet à Landis de calculer pour chaque scénario les probabilités des chemins parcourus dans la galaxie. Les civilisations se distribuent alors selon des aires d'occupation qui laissent aussi apparaître des zones de vide. Selon lui, la Terre n'a pas rencontré de civilisations extraterrestres car elle est située dans l'un de ces vides. Le modèle de Landis a cependant des faiblesses et, notamment, il n'explique pas pourquoi la Terre n'a aucune preuve radio d'autres civilisations.

Une possibilité, souvent citée dans la littérature spécialisée ou de science-fiction, est celle imaginée par l'ingénieur australien Ronald Bracewell, à partir des automates autoreproductibles du physicien John von Neumann. Il s'agit de sondes qui parcourent la galaxie et qui sont capables de s'auto dupliquer, accélérant ainsi de manière exponentielle la colonisation et ce, rapidement et à un coût faible. Pour Bracewell, les sondes seraient beaucoup plus efficaces qu'un signal radio. L'astrophysicien Frank Tipler a perfectionné cette solution, dite de « Bracewell-Von Neumann », et a ainsi réduit le temps de colonisation de la galaxie, l'estimant à 4 millions d'années. Il la considère comme la solution la plus plausible, à tel point qu'il y voit le seul moyen de coloniser la galaxie (selon lui, le contact entre civilisations est impossible). Il existe aussi un scénario nommé « scénario des sondes meurtrières », ou « Berserkers » (« folles furieuses »), qui postule que ces sondes ont détruit les civilisations qu'elles ont atteintes.

Problèmes de détection et d'interprétation

capture02-28.jpg Les projets de télescopes spatiaux vont permettre d'observer optiquement les mondes lointains.

Les scénarios liés aux problèmes de communication sont nombreux. La stratégie de recherche de signaux est peut-être inadaptée. Deux sortes de recherches existent actuellement : soit en ciblant une étoile (comme le projet Phoenix), soit en écoutant largement le ciel (les programmes SETI, SERENDIP et BETA). Une étude de Nathan Cohen et Robert Hohfeld montre que la meilleure des solutions est d'écouter le plus d'étoiles possibles. Cependant, le problème réside aussi dans la recherche, parmi les signaux recueillis, de messages intelligents. Le projet SETI@home de David Gedye représente la tentative humaine la plus aboutie. Il est également possible que le signal intelligent soit déjà dans les bases de données. Le projet META a, depuis 1985, pour but de détecter des indices de messages intelligents, parmi 60 trillions de signaux. Les astronomes Benjamin Michael Zuckerman et Patrick Edward Palmer, dont le programme écoute près de 700 étoiles proches, ont détecté dix signaux qui pourraient être artificiels. Il est par ailleurs possible que les moyens de détection humains n'aient pas assez écouté le ciel, ou que chaque civilisation écoute mais que personne ne transmette (le projet spatial Darwin de l'ESA devrait mettre un terme au problème en observant optiquement les mondes lointains). Pour C. Rose et G. Wright, l'envoi de messages inscrits sur certains matériaux (comme la plaque de Pioneer) est une solution plus efficace pour communiquer que par ondes électromagnétiques alors que pour Freeman Dyson, il faut concentrer les observations sur les sources infrarouges.

Il est aussi possible que les civilisations extraterrestres aient développé des mathématiques différentes, leurs environnements leur ayant permis d'inventer des concepts autres. Le message peut de fait être codé dans un langage mathématique hors de notre compréhension. Le mathématicien Hans Freudenthal a tenté, en inventant le langage Lincos, de communiquer avec les extraterrestres. Les radiations des corps noirs peuvent être des tentatives de communication.

Refus ou impossibilité de communiquer

Plusieurs solutions évoquées par Stephen Webb concernent le refus ou l'impossibilité technique de communiquer avec d'autres civilisations. Un monde extraterrestre très avancé technologiquement pourrait ainsi refuser de quitter son système solaire. Dyson pense qu'une civilisation de type III n'aurait aucun besoin de quitter son étoile d'origine. Grâce à une sphère enserrant son soleil, elle pourrait en capter toute l'énergie nécessaire, sans avoir à explorer la galaxie. Les extraterrestres pourraient tout aussi bien rester chez eux pour des raisons philosophiques, ou parce qu'ils auraient développé un puissant environnement virtuel dans lequel ils vivraient totalement. Ils peuvent en effet n'avoir aucun désir de communiquer, soit parce que la prudence et l'isolationnisme sont les traits des civilisations avancées (il existe des exemples sur Terre), soit parce que notre intelligence ne permet pas de comprendre le signal. Les extraterrestres auraient par exemple résolu la question du besoin et auraient ainsi éliminé toute recherche intellectuelle. Les raisons sont nombreuses mais, selon Stephen Webb, aucune ne résout le paradoxe de Fermi. Des mondes extraterrestres couverts de nuages, ou baignant dans une lumière totale du fait de la présence de plusieurs soleils et ne connaissant donc pas la nuit (comme dans la nouvelle d'Isaac Asimov, Quand les ténèbres viendront, de 1941), seraient également incapables de communiquer au moyen de transmissions interstellaires. Enfin, autre hypothèse : la Terre appartient à l'horizon des particules (limite cosmologique au-delà de laquelle la lumière ne nous est pas encore parvenue) et les autres mondes demeurent inobservables

Des difficultés techniques insurmontables pourraient également expliquer le paradoxe. Les explications sur ce point sont nombreuses. Les extraterrestres ont peut-être déjà envoyé un signal interstellaire, mais celui-ci peut prendre plusieurs formes (signal électromagnétique, gravitationnel, de particules ou de tachyons), dont certaines sont encore inconnues de l'Homme. Le problème de la fréquence d'émission est également crucial : un signal peut être émis depuis un autre monde mais l'Homme ne sait pas où le chercher. Philipp Morrison et Giuseppe Cocconi ont étudié la question à la fin des années 1950. Ils ont comparé toutes les possibilités, parmi le spectre électromagnétique, des ondes radio aux rayons gamma. Les deux concluent sur le fait que la communication interstellaire au moyen de rayons gamma est celle qui aurait le plus de chance d'être utilisée par une civilisation extraterrestre. John Ball pense également que les bouffées gamma cosmiques sont des tentatives de communiquer. Ils découvrent aussi que la bande d'émission la plus appropriée se situe entre 1 GHz et 10 GHz, voire plus précisément entre 1,42 GHz et 1,64 GHz (région nommée le « trou d'eau »), ce qui correspond au spectre de l'hydrogène. Frank Drake a tenté d'écouter cette bande d'émission ; c'est le projet Ozma. Selon Webb, rien ne prouve que les signaux hors du commun captés par les radiotélescopes (comme le signal Wow!) soient d'authentiques messages extraterrestres. Les émissions de pulsations laser seraient peut-être une solution de communication selon Stuart Kingsley (projet COSETI).

Catastrophes ou transcendance 

Le fait qu'aucun signal ou aucune trace extraterrestre n'aient été détectés prouverait peut-être que les civilisations ont tendance à disparaître avant d'atteindre leur maturité suffisante. Beaucoup d'hypothèses en font les victimes d'une guerre puis d'un hiver nucléaire, ou d'une guerre bactériologique/chimique. Les mondes extraterrestres ont pu aussi disparaître du fait de la surpopulation et des désastres écologiques qui l'ont suivie. À la suite de l'invention des nanotechnologies, Eric Drexler, dans son livre Engins de création, évoque l'existence possible du « gelée grise » : des nanorobots programmées pour s'auto reproduire échapperaient rapidement au contrôle de leur créateur pour, en quelques jours, recouvrir la planète entière (hypothèse de l'écophagie globale). Le physicien Robert Freitas a estimé que c'est l'un des facteurs probables d'extinction de civilisations extraterrestres. La destruction peut aussi résulter d'expériences scientifiques, comme celles portant sur l'accélération de particules. Nombre de solutions explorent également la longévité des civilisations extraterrestres. Elles expliquent le paradoxe de Fermi par le fait qu'il existe un temps de vie à chaque civilisation et que ce dernier ne leur permet pas d'essaimer dans la galaxie ou de communiquer avec d'autres mondes.

capture07-21.jpg Les civilisations extraterrestres, du moins celles intelligentes, auraient tendance à n'exister que de manière éphémère, ou alors à s'autodétruire. Selon Lipunov, chaque civilisation a un temps de vie limité par des facteurs qui lui sont spécifiques. Une solution au paradoxe est celle proposée par l'astrophysicien John Richard Gott dès 1969, et nommée l'« argument de l'apocalypse ». Selon Gott, chaque civilisation, en fonction de ses caractéristiques, possède une probabilité de vie et de mort, évaluable au moyen d'un outil statistique, le « delta t ». Utilisant le principe copernicien, il estime qu'il existe 95 % de chance que la race humaine perdure entre 5 100 et 7,8 millions d'années. Combiné à l'équation de Drake, le modèle de Gott établit qu'il existe moins de 121 civilisations dans la galaxie capables de radio transmettre. Selon I. Bezsudnov et A. Snarskii, le contact, puis le rassemblement au sein d'un conglomérat des civilisations galactiques (Galactic Club), est le seul facteur qui permettrait à une civilisation de prolonger sa propre existence, et ce en raison de la stimulation intellectuelle qu'un tel échange occasionne. Un monde n'ayant pas rencontré d'autres civilisations aurait ainsi tendance à disparaître..

Selon l'écrivain de science-fiction et mathématicien Vernor Vinge, l'évolution technologique va entraîner, dans l'histoire humaine, un changement radical de civilisation, qu'il nomme la « singularité ». Reprenant l'idée de Vinge, Stanislaw Ulam et I. J. Good postulent que les extraterrestres ne communiqueraient donc pas car ils auraient atteint un niveau d'existence transcendant. Selon Stephen Webb toutefois, l'hypothèse de Vinge ne résout pas le paradoxe de Fermi car elle échoue à expliquer pourquoi aucun signal extraterrestre n'a été capté. De plus, la singularité exacerbe encore davantage le paradoxe, puisqu'elle postule que des civilisations peuvent parvenir à un haut niveau technologique.

Les civilisations extraterrestres existent et nous visitent

Stephen Webb recense huit solutions à cette affirmation (dont une humoristique). Cette catégorie de solutions s'apparente à des solipsismes.

Le phénomène OVNI

capture28-9.jpg Un OVNI

Depuis 1947 et le témoignage de Kenneth Arnold, le phénomène OVNI représente la solution la plus populaire à l'hypothèse que les civilisations extraterrestres existent et nous visitent, si bien que si les soucoupes volantes sont considérées comme réelles, alors le paradoxe de Fermi est immédiatement résolu. Selon Webb, cette solution est cependant incomplète car rien ne permet d'affirmer que les OVNI sont des machines extraterrestres. Pour Pierre Lagrange, il existe un sous-paradoxe à celui de Fermi, conséquence directe du premier : le « paradoxe des OVNI », qui pose que les OVNIs n’ont rien à voir avec des extraterrestres, pourtant, « si nous étions confrontés à des extraterrestres, tout se passerait comme dans la controverse sur les ovnis ».

Le phénomène OVNI est peu cité dans les solutions scientifiques proposées. Robert Freitas l'exclut du paradoxe de Fermi. J. Deardorff, B. Haisch, B. Maccabee et H. E. Puthoff considèrent que quelques cas d'observations d'OVNI délivrent des indices qui laissent à penser que des entités extraterrestres visitent la Terre. Beatriz Gato-Rivera étudie quant à elle le scénario où la Terre est dans la zone d'influence d'une hyper civilisation galactique.

Des traces de passage extraterrestre

Webb recense une autre classe de solutions qui tendent à montrer que les extraterrestres sont présents près de la Terre, et qu'ils ont laissé des preuves de leur passage. L'explosion mystérieuse à Tunguska en 1908, les structures qui laissent penser à des ouvrages technologiques sur la Lune, ou les croyances quant au fait que sa face cachée ait pu abriter des bases extraterrestres appartiennent à cette classe, de même que la théorie des anciens astronautes popularisée par Erich von Däniken dans les années 1970. Selon ce dernier, les extraterrestres ont visité la Terre dans le passé de l'humanité, laissant des traces, comme les pyramides mayas ou encore les tracés de Nazca. Un autre scénario spécule sur le fait que des sondes extraterrestres seraient présentes en orbite, sur l'un des cinq points de Lagrange, à sa périphérie. Les échos radio locaux (LDE) seraient ainsi émis par ses sondes, qui surveilleraient le développement de l'humanité ; c'est l'hypothèse de la sentinelle. Or, ces rapprochements sont peu rigoureux. Carl Sagan et J.-S. Shklovsky, en 1966, examinant une tradition légendaire sumérienne qui raconte comment des êtres supérieurs auraient enseigné les grandes disciplines du savoir aux hommes, ont montré qu'il est impossible de démontrer la réalité d'un contact extraterrestre à partir de tels récits. En l'absence de preuve évidente (par exemple un artéfact extraterrestre ou une technologie avancée dessinée), établir des traces de passage extraterrestre dans l'histoire (astroarchéologie) est une entreprise dénuée de rigueur.

La planète Mars a longtemps cristallisé les hypothèses quant à l'existence de civilisations extraterrestres proches de nous. La croyance en la présence de canaux sur sa surface, depuis les observations astronomiques de Giovanni Schiaparelli en 1877, jusqu'au comportement énigmatique de son satellite Phobos, a fait de Mars le lieu privilégié des projections humaines quant à l'existence des extraterrestres. J.-S. Shklovsky a par exemple suggéré que Phobos était artificiel, alors que pour Salisbury il a été mis en orbite entre 1862 et 1877 (l'astronome Heinrich Arrest ne l'a en effet pas remarqué en 1862). D'autres lieux ont cependant cristallisé l'imagination humaine : les astéroïdes de la ceinture au-delà de Mars pourraient abriter des colonies extraterrestres selon Michael Papagiannis, alors que pour David Stephenson l'orbite excentrique de Pluton est le signe d'un projet d'astro-ingéniérie. Les autres planètes naines transneptuniennes sont également autant de candidates à l'hypothèse de bases extraterrestres.

Hypothèse du zoo

Théorisée en 1973 par l'astronome John A. Ball, l'hypothèse du zoo pose que des extraterrestres existeraient bien et s'intéresseraient à notre espèce. Ils pourraient le faire de la même façon que nous nous intéressons aux animaux dans des réserves naturelles, par curiosité scientifique et en cherchant à interagir le moins possible avec eux, en nous observant à distance, depuis la ceinture d'astéroïdes ou des confins du système solaire. Cette hypothèse est directement destinée, selon Ball, à résoudre le paradoxe de Fermi. Il reprend l'idée qu'étant donné la longévité de l'univers, les civilisations extraterrestres doivent être nombreuses et ont dû se répandre dans la galaxie tout entière. Or, l'absence de contact est l'argument le plus fort en faveur de l'hypothèse du zoo, dont il existe, selon les facteurs pris en compte, plusieurs variantes.

capture26-11.jpgLe scénario dit du « laboratoire » pose que la Terre est le sujet d'une expérience alors que James Deardorff propose le scénario d'un embargo non étanche : certains extraterrestres ne respecteraient pas la situation intouchable de la Terre et la visiteraient. Deardorff parvient ainsi à intégrer les observations d'OVNI dans son scénario, chose que ne pouvait faire Ball. Un développement supplémentaire de cette hypothèse est celle dite de la « quarantaine galactique » : une ou plusieurs civilisations extraterrestres attendraient que l'humanité arrive à un certain niveau technologique, ou évite l'autodestruction, avant de prendre contact avec elle. Selon Webb, ce scénario et ses développements alternatifs souffrent de plusieurs défauts : ils ne sont pas testables, ils échouent à expliquer pourquoi la Terre n'a pas été colonisée longtemps avant l'apparition de la vie, et enfin ils n'expliquent pas pourquoi les télescopes n'observent aucun signe de vie intelligente dans la galaxie.

Hypothèse de l'apartheid cosmique

Selon Webb, l'hypothèse de l'« apartheid cosmique » est un développement de l'hypothèse du zoo qui constitue cependant à lui seul une solution autonome au paradoxe de Fermi. En 1987, Martyn J. Fogg explique que la Terre et ses espèces vivantes sont rendues intouchables par les civilisations extraterrestres en raison d'un traité galactique. Cette « hypothèse de l'interdit » se fonde sur l'idée que selon toute vraisemblance la galaxie serait déjà colonisée, et ce bien avant la formation du système solaire. Depuis, la galaxie serait entrée dans une ère d'équilibre des puissances, ce qui expliquerait qu'il n'y a pas de recherches de contacts. La Terre serait ainsi située au sein de l'aire d'influence d'une de ces puissances galactiques, membre d'un Galactic Club, idée que Fogg emprunte à Sagan et Newman, qui parlent aussi d'un code de conduite commun, le Codex Galactica. La Terre étant un domaine réservé à cette puissance, aucun contact ne serait possible tant que l'humanité n'aurait pas acquis assez de technologie pour rejoindre ce club galactique. Webb voit cependant une faiblesse dans cette hypothèse : l'homogénéité culturelle est un mythe, étant donné la relativité des voyages interstellaires, ce qui constitue un obstacle à l'édification de vastes civilisations. Ce thème de la provolution est populaire dans la littérature et le cinéma, dans le Cycle de l'Élévation (1980) de David Brin notamment.

Les extraterrestres sont des dieux

La dernière classe de solutions à l'hypothèse que les extraterrestres existent et nous visitent, mais demeurent invisibles à nos yeux, est que ces derniers possèdent une telle avancée technologique qu'ils risqueraient d'être considérés comme des dieux. Un scénario, plus spéculatif, existe : l'Univers est une création de Dieu, qui est un extraterrestre. Smolin et Edward Harrison ont avancé l'idée que les trous noirs sont générés par des puissances démiurgiques afin de créer des univers. Cette hypothèse s'appuie notamment sur l'exo-théologie. Dans The Physics of Immortalité : Modern Cosmologie, God and the Resurrection of the Dead, Frank J. Tipler a utilisé le principe anthropique pour postuler l'existence d'une civilisation extraterrestre si avancée qu'elle pourrait, après le Big Crunch, générer un nombre infini de computations si bien qu'elle serait capable de reformer l'univers actuel au sein d'une simulation virtuelle. Cette civilisation pourrait notamment créer des multivers dans lesquelles le principe anthropique serait effectif ; elle pourrait aussi faire en sorte que dans chaque univers l'espèce intelligente soit la seule. Les solutions spirituelles sont également envisagées : l'absence d'extraterrestres s'expliquerait par le fait que l'univers a été créé pour l'âme humaine. Il demeurerait vide pour permettre l'avènement de la parousie annoncée.

Méthodologies

La sociobiologie tente d'expliquer le comportement des animaux, les comportements de groupe et la structure sociale sur le plan des avantages de l'évolution ou de la stratégie et utilise des techniques originaires de l'éthologie, l'évolution et la génétique des populations. Les sociobiologistes sont spécialement intéressés en comparant les analyses, spécialement en étudiant les institutions sociales humaines et leurs cultures. Les sociobiologistes les plus connus sont Edward Osborne Wilson, Jared Diamond, et Richard Dawkins.

L'astrobiologie est un champ spéculatif au sein de la biologie qui considère les variétés possibles et les caractéristiques de la vie extraterrestre. Les astrobiologiste spéculent sur les directions possibles que la vie organique pourrait se transformer en être dans l'univers et sur le potentiel d'une vie artificielle.

Les astrobiologiste, comme les biologistes de l'évolution et les sociobiologistes, sont concernés par le phénomène de l'évolution convergente. Quelques exemples sont les traits physiques qui ont évolué indépendamment (par exemple les yeux), les niches écologiques (par exemple les groupes de prédateurs), et même les innovations technologiques (comme le langage, l'écriture, la domestication des plantes et des animaux, les outils basiques et les armes). Les astrosociobiologistes prennent le potentiel d'une évolution convergente hors planète et spéculent que certaines niches écologiques et sociologiques ne peuvent pas être spécifiques à la Terre ou à l'espèce humaine et sont un archétype au travers de tout l'univers.

Hypothèses

Afin de permettre aux astrosociobiologistes de commencer les spéculations à propos des conditions et des caractéristiques des civilisations extraterrestres, plusieurs hypothèses sont posées :

Les civilisations extraterrestres existent 

Les civilisations extraterrestres doivent en partie ressembler à la nôtre en termes de :

Caractéristiques physiques et cognitives 

Caractéristiques de la société.

D'une autre manière, les astrosociobiologistes supposent qu'une vie intelligente s'est développée avec des conditions similaires d'environnement et un procédé similaire d'évolution que pour l'humanité.

De nos jours, il est difficile de dire si ce sont des hypothèses valides. Par exemple, les rares hypothèses de la Terre et le Paradoxe de Fermi suggèrent que nous pouvons être les seuls dans la galaxie. Il est aussi envisageable que des extraterrestres et leur civilisation puissent ressembler à notre civilisation. L'astrosociobiologie est aussi mêlée au déterminisme environnemental. Les astrosociobiologistes contre-argumentent que tous ces points peuvent être contrés par le principe de Copernic et par une variante du principe anthropique. On ne doit pas supposer, argumentent-ils, que l'espèce humaine est unique et que l'on doit commencer par la prémisse de la banalité de l'espèce humaine.

Les possibles caractéristiques extraterrestres

Après avoir donné ces hypothèses, les astrosociobiologistes tentent de faire des prédictions à propos des caractéristiques qui peuvent être communes à toutes les sociétés extraterrestres. Par exemple, en se fondant sur l'expérience humaine, les astrosociobiologistes concluent que toutes les civilisations traversent les mêmes étapes, incluant l'agriculture, l'industrialisation, la démocratisation, la globalisation et l'âge de l'information. Des hypothèses similaires sont faites à propos du développement des innovations technologiques (archétype technologique universel) et les percées scientifiques (incluant l'ordre inégal dans lequel les avancements sont développés).

capture20-13.jpgLes astrosociobiologistes spéculent également à propos d'une intelligence avancée, incluant les intelligences qui peuvent avoir évolué au-delà de l'âge actuel de l'humanité. La difficulté de s'engager dans une telle discussion, cependant, est due au fait qu'il s'agit de débats hautement spéculatifs. Les astrosociobiologistes n'ont actuellement aucune donnée pour supporter l'idée qu'une civilisation humaine pourrait continuer à travers un futur prévisible. En effet, en considérant le Paradoxe de Fermi, les scientifiques peuvent réellement avoir une donnée suggérant quelle est la limite qu'une civilisation avancée pourra développer.

Cependant, l'espèce humaine avançant d'étape en étape, les astrosociobiologistes supposent que les extraterrestres dans le passé ont traversé les mêmes étapes

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